F91 Dudelange 2-3 Fola Esch : L’analyse tactique

Jouer le Fola, c’est jouer une équipe qui se présente face à vous avec un plan de jeu adapté au votre, à vos qualités et à vos défauts et ce, quel que soit votre classement. Chaque équipe de BGL doit être au courant et l’on peut imaginer, qu’après 25 journées, le F91 l’était aussi. Ce Samedi, les joueurs de Grandjean ne se sont pas reniés et ont joué avec leurs valeurs face à une équipe plus forte et plus talentueuse sur le papier : la discipline tactique et l’agressivité. Avec ces valeurs, ils se sont donné les moyens d’aller bousculer les « certitudes » techniques des Dudelangeois.

Les joueurs de Fangueiro n’ont pas réussi à contourner le système tactique du Fola jusqu’à ce que les Eschois payent leurs efforts physiques à 10 minutes de la fin.Les Dudelangeois n’étaient pas vraiment dans un bon jour, mais ils ont surtout manqué de ce qu’il fallait face à une équipe tactiquement disciplinée : un collectif soudé, des prises d’initiatives et les dépassements de fonctions de certains joueurs clés. A travers cette analyse, nous allons détailler l’évolution du plan de jeu du coach Grandjean à travers le match et comment ses joueurs l’ont appliqué. Aussi, nous verrons ce qu’à proposé le F91 durant tout le match et ce qui leur a manqué pour obtenir un autre résultat que cette défaite.

Fola Esch : Une 1ère période en deux temps et deux buts au timing parfait.

Au coup d’envoi, Sébastien Grandjean proposait un système de jeu en 4-3-3. Après quelques secondes de jeu, on observait que ce 4-3-3 évoluait selon les périodes de possession de balle. Lorsque le ballon était dudelangeois, on observait Nenad Dragovic en marquage « presque » individuel sur le leader technique Dejvid Sinani. Dragovic était toujours très proche de ses deux défenseurs centraux et s’est même retrouvé quelques fois aligné à ces derniers. Le positionnement de Dragovic nous faisait penser à celui de son collègue Ahmetxhekaj lors du match Racing-Fola en Décembre 2021. (Même si l’objectif de cette tactique n’était pas la même que face à Dudelange) On constate tout de même que le poste de sentinelle est l’une des clés de voute des différents systèmes de jeu du coach Grandjean.

Pendant la possession eschoise, on observait le déplacement récurrent de Mirza Mustafic qui intégrait toujours l’axe du terrain en délaissant son côté gauche. Ce positionnement permettait de passer à 4 dans le milieu et donc d’apporter une solution de passe verticale dans le dos des milieux dudelangeois Morren et Dos Santos. Un déplacement, toutes proportions gardées, qui rappelle ce que l’on a pu voir lors des deux matchs de Champions League entre le Real et Chelsea. On avait observé que Federico Valverde, avait été utilisé pour se réaxer et apporter un surnombre essentiel à son équipe dans une zone de jeu clé.

Hier, au Stade Nosbaum, on a vu que Mustafic a souvent été trouvé dans une position axiale qui a permis à ses coéquipiers de trouver des relances verticales qui ont souvent créé des décalages dans le bloc dudelangeois. La petite réserve que l’on pourra poser sur cette situation de jeu viendra du manque de participation offensive du latéral gauche Grisez que l’on aurait aimé voir participer aux attaques de son équipe puisqu’avec l’absence de Mustafic, il était le seul à pouvoir utiliser le couloir. Mais, ce qui a été la clé du match du Fola, c’est cette prise de risque défensive d’aller automatiquement presser le F91 dans ses 35 mètres. Lorsque l’on observe les championnats européens, on constate que lorsqu’une équipe « plus faible » réussit à créer la surprise face à un « gros », c’est parce qu’elle est allée bousculer son adversaire dans ses « certitudes de jeu ».

Hier, par le pressing et contre-pressing appliqués par ses joueurs, le Fola a cassé les principes de jeu qui font les succès dudelangeois : les premières relances de leurs milieux de terrains. En effet, à Dudelange, ce sont les milieux Morren et Dos Santos qui déclenchent les actions offensives. Grandjean a donc forcé les défenseurs centraux du F91 à prendre ce rôle et on a pu constater qu’ils étaient bien moins efficaces que leurs deux collègues. Et cela a porté ses fruits d’entrée puisqu’à la suite d’un contre-pressing et d’une récupération haute de Dragovic, ce dernier ouvrira le score par une frappe de loin, en profitant de la 1ère des 3 erreurs de placement d’Esposito (0-1, 6ème) A la demi-heure de jeu, on a observé un sursaut de la part des joueurs du F91 qui sont rentrés dans un temps fort grâce à un peu plus de mouvements de la part de ses joueurs offensifs et une participation plus appuyée des latéraux.

On a donc pu entendre les consignes du coach Grandjean qui demandait à ses joueurs de ne plus appliquer de pressing et de rester en place avec un bloc médian-bas en 4-1-4-1. Les Folamen avaient moins la possession du ballon, mais tentaient tout de même, à la récupération, de vite se projeter vers l’avant pour maintenir la pression sur une défense dudelangeoise toujours pas au top. Un plan de jeu parfaitement bonifié par le but de De Sousa sur un centre (tir) qui lobera, sur sa ligne, Esposito (0-2, 46ème). Deux plans de jeu pour deux buts aux timings parfaits.

Fola Esch : Une 2ème mi-temps plus compliquée pour des joueurs payant les efforts physiques de leur stratégie défensive.

Au retour des vestiaires, on constatait que le Fola gardait son bloc médian face à la possession adverse. Cette fois, toujours en écoutant le coach Grandjean, on observait que les Eschois laissaient les Dudelangeois effectuer une première relance verticale et déclenchaient leur pressing pendant le chemin parcouru par le ballon. Un choix plus risqué puisque le pressing était déclenché plus près du but de Cabral. Moins frais physiquement et face à un adversaire qui essayait de se bouger un peu plus les fesses, les Folamen étaient plus en retard dans leurs courses défensives. Ils commettaient donc plus de fautes, mais celles-ci restaient assez loin de leur but et évitaient des coups de pieds arrêtés dangereux. En seconde période donc, le match est devenu plus haché et cela a fait le jeu du Fola qui a réussi à casser le rythme du F91 de cette façon.

A l’heure de jeu, on a pu observer que la sentinelle Dragovic, complètement épuisée, accumulait les retards défensifs et passait même à côté d’un 2ème carton jaune, qui n’aurait pas été volé, à la 67ème. Le Fola s’adaptait et passait en 4-2-3-1 afin de répondre à un Dudelange évoluant en 4-4-2 avec un milieu en losange. Pourtant dans le dur, les Eschois s’offraient un bon bol d’air avec le but de Diouf qui profitait d’une nouvelle erreur d’Esposito. (0-3, 69ème, Diouf) Pendant 20 dernières minutes, les joueurs du Fola tiendront le choc en jouant sur ce qui fait leur force : le collectif et le vice.

F91 Dudelange : Meilleur sur le papier, mais trop peu à proposer pour espérer autre chose.

Carlos Fangueiro proposait son système classique en 5-3-2 avec son milieu en triangle pointe haute. Comme évoqué plus haut, le Fola a appliqué un plan de jeu défensif visant à éteindre l’influence, dans le jeu, des 3 milieux de terrain Morren-Dos Santos-Sinani. Dès lors, on n’a pas observé d’alternatives venues de leurs coéquipiers, pas de dépassements de fonction assez importants pour forcer le Fola à défendre autrement. Deux de ces alternatives ont pourtant été observées, mais trop peu et avec un rythme bien trop faible pour créer des décalages :

Les joueurs de Fangueiro ont donc essayé, pendant 90 minutes, d’appliquer leurs circuits de jeu habituels. Après l’heure de jeu, le remplacement des deux attaquants et son passage en 4-4-2 avec un milieu en losange, le F91 a repris la domination sur son adversaire mais n’a pas réussi à prendre la main sur le rythme du match. Toujours coupé par les fautes du Fola mais aussi par des fautes évitables de la part de ses joueurs, Dudelange a tout de même réussi à être assez juste techniquement pour se donner un espoir. Deux buts marqués sur deux phases de jeu reprenant les ingrédients de ses circuits de jeu :

Simple et efficace. Les Dudelangeois n’étaient pas dans un bon jour et cela arrive. Ils ont perdu plus de duels, raté plus de passes et ont accumulé plein de détails qui leur ont coûté cette défaite. Mais, plus que d’être passés à côté de leur match, les Dudelangeois ont donné l’impression d’une équipe en manque de leaders, sans révolte collective. Bien évidemment, cette observation est faite de la tribune, loin de l’intimité du groupe que l’on souhaite la plus heureuse possible. A cinq journées de la fin et avec des poursuivants qui sont à fond la caisse, le F91 devra réunir toutes ses forces pour aller chercher un nouveau titre.

Thomas Fullenwarth

 

 

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