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08/07/2026

Etzella, l’Empire du Nord

En décrochant sa deuxième couronne de rang grâce à un sweep sur Bertrange en finale des Playoffs d’Enovos League (3-0), l’Etzella Ettelbrück est allé chercher bien plus qu’un titre, il a signé sa domination actuelle sur le basketball luxembourgeois. Récit d’un sacre construit dans l’ombre qui fait entrer le club, toujours plus, dans l’histoire de son sport.

Article issu de notre magazine MENTAL! #41.

C’est une image qui restera dans toutes les têtes de les ultimes secondes du troisième acte d’une finale de Playoffs 2025-2026 « à la vie à la mort », plante un shoot longue distance qui fait trembler le Deich. Son Sparta croit alors plus que jamais en une folle remontée. Ses nombreux et bruyants supporters qui ont fait le déplacement, aussi. Mais le rêve s’avère de courte durée car leur hôte et bourreau absorbe le choc et leur répond du tac au tac. Le rival nordiste referme là de manière définitive la porte sur une saison quasi entière de domination. Le score final au tableau d’affichage indique 87-81 en leur faveur. Le tarif de la série est salé : 3-0. Etzella est champion ; et convertit de manière magistrale le back to back. Il y a des victoires qui se créent dans les vestiaires bien avant de se réaliser sur le parquet. Celle des gars de Gavin Love appartient à cette catégorie.

Depuis le coup d’envoi de septembre 2025, le club nordiste a déroulé son projet avec la rigueur tranquille de ceux qui savent exactement où ils vont. L’été dernier, il y avait eu pourtant pas mal de mouvements au niveau des transferts. Pas bien grave pour une formation portée par un coach exigeant et un capitaine luxembourgeois qui portent sur leurs épaules la fierté d’une ville entière.

Trois actes, zéro doute

Commençons par la fin avant de rembobiner le fil. Le match 1 de la série finale a, d’emblée, donné le ton. En tête à la pause (41-34) grâce à un Nicholas Davis impérial (17 points en première mi-temps), les Ettelbruckois laissaient au Sparta un peu d’espoir, avant que Philippe Gutenkauf n’éteigne définitivement la résistance adverse en plantant six points consécutifs dans le money time. La victoire des siens 82-76 sonnait déjà comme un mini verdict. Le match 2, à l’Atert, confirmait la supériorité nordiste avant de laisser place à un match 3, à domicile, placé sous le signe de la tension.

Après un buzzer-beater à trois points d’Adrian Delph qui offrait au champion en titre un avantage confortable de dix longueurs à l’entame du quatrième quart-temps, les Spartiates du coach Abou Khalil se réveillaient, poussés par leurs supporters. Mais les premiers de la saison régulière tenaient. Billy McDaniel, avec ses 21 points, assumait son rôle de franchise player et scellait le dix-septième sacre de sa formation, qui fait d’elle la plus titrée de toute l’histoire du basketball grand-ducal : « Si chaque titre est un aboutissement de multiples donnes, celui- là était plus difficile à aller chercher. La saison passée, nous étions clairement favoris mais cette année, nous avons dû nous montrer encore plus concentrés pour triompher. Et cela ajoute certainement encore une saveur particulière à ce titre. »

©Albert Krier

Douleur et lucidité

Malgré son titre décroché en bout de piste, cette saison 2025- 2026 ne fut pas un long fleuve tranquille pour l’Etzella. Des défaites face à Walferdange et Esch, ou encore un revers plus surprenant face aux Kordall Steelers vinrent lui rappeler qu’aucun trône n’est éternel. Mais Gavin Love avait sa lecture de ces turbulences : « Notre équipe était différente par rapport à celle de la saison passée donc cela a pris logiquement un peu de temps avant que les automatismes viennent. C’est à partir du mois de décembre, avec un premier run, que l’on a vu notre potentiel. Et celui-ci, qui est allé crescendo jusqu’aux Playoffs, nous a donné confiance. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une Ligue aussi forte. »

Cette montée en puissance progressive, identifiée dès décembre par le stratège, est la marque des équipes qui savent gérer les objectifs au temps long. Il n’y eut ni panique, ni remise en question existentielle, seulement un bloc collectif qui se rôdait, match après match, jusqu’à devenir une machine de guerre au moment le plus important de l’exercice.

Et derrière chaque dynastie, il y a une vision. Celle de Gavin Love se résume en ses mots : « rigueur », « confiance », « identité collective ». Sous son impulsion depuis 2022, Ettelbrück s’est transformé en une machine défensive et tactique. Et lorsqu’on lui pose la question de l’équilibre entre joueurs internationaux et locaux, le technicien recadre le débat : « Chaque élément de l’équipe est traitée exactement de la même manière et a autant d’importance. »

Six finales en quatre saisons. Deux titres de champion. Une Coupe du Luxembourg. Les chiffres parlent mieux que n’importe quel discours. Gavin Love a installé au sein de l’entité ettelbruckoise une culture de la gagne qui dépasse le simple cadre sportif. Et visiblement, il n’a pas l’intention de s’arrêter là : « Avec notre parcours victorieux, nos standards sont toujours revus à la hausse. »

Gutenkauf, le cœur battant d’une ville de basket

Derrière cette réussite, il y a quelque chose d’éminemment symbolique dans le fait que ce soit Philippe Gutenkauf, l’enfant du pays et capitaine du groupe, qui plante le poignard dans le cœur du Sparta lors du match 1. Ce fait de rencontre résume parfaitement le sang-froid d’un compétiteur né.

« Sitcky » incarne à lui seul la continuité et l’ambition d’un club qui a fait du titre national son horizon naturel. Leader du vestiaire et logiquement sur le parquet, il est le lien entre la culture locale de la formation et les ambitions grandissantes insufflées par son coach. À Ettelbrück, on construit les titres dans la durée avec des joueurs qui appartiennent, depuis toujours ou avec le temps, au territoire.

Il faut voir au-delà du résultat sportif pour ce deuxième sacre consécutif. Car il figure bel et bien comme l’affirmation d’une identité forte et unique. Dans une Enovos League où la compétition est féroce, bâtir une équipe capable de dominer le championnat sur deux saisons est une performance de management de haute voltige. Le Sparta Bertrange, finaliste digne et combatif, a beau avoir poussé jusqu’au bout, l’évidence s’est imposée avec la brutalité des vérités définitives.

Le basketball luxembourgeois a un empereur. Il loge au Nord du pays et il n’a manifestement pas l’intention de rendre les clés. Gavin Love, lui, prend d’abord le temps de savourer avant d’anticiper les défis à venir : « La saison prochaine sera différente. Pour l’instant, nous savourons ce nouveau titre avant d’enclencher sur de nouveaux objectifs. »

Après deux titres consécutifs, une question plane déjà sur le microcosme de la balle orange du Grand-Duché. Lors des joutes de 2026-2027, est-ce qu’une autre formation sera enfin capable de détrôner l’Empire du Nord pour l’empêcher de réaliser la passe de 3 ?

© Albert Krier

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