Ben Kovac : « Never say never »

11 minutes
© Baptiste Da Costa & ALM Évreux

À 25 ans, il est déjà la figure du basket luxembourgeois. Professionnel depuis ses 20 ans, Ben Kovac n’est pas un joueur comme les autres. Après avoir connu les Pays-Bas, l’Europe en Slovaquie, l’homme au numéro 13 a décidé de poser ses valises en France depuis deux ans. Arrivé à Évreux en Élite 2 au début de saison, l’Eschois continue de franchir les étapes d’une carrière déjà très riche. Entretien long format avec celui qui ne se fixe aucune limite, nourri par une ambition forte qui le caractérise. 

MENTAL! : Comment se passe ta nouvelle aventure à Évreux ? 

BEN KOVAC : Tout se passe très bien ! On a un effectif très jeune. Je n’ai que 25 ans, mais je suis malgré tout le troisième plus âgé de l’équipe, donc considéré comme un ancien. J’ai ce statut de joueur capable d’apporter son expérience, du fait d’avoir déjà évolué dans différents championnats et en sélection contre de grandes équipes, même si on a certains jeunes qui évoluaient aussi un peu en Pro A. Du point de vue de l’intégration, c’est toujours plus facile quand tu parles la langue du pays où tu joues, donc ça se passe bien. Et même au niveau de la ville : elle est réputée pour sortir des talents sportifs dans d’autres sports comme Ousmane Dembélé, Dayot Upamecano ou Esteban Ocon par exemple. Donc même si c’est une ville familiale, la culture sportive transpire aussi, et les gens veulent avoir une équipe de basket qui mouille le maillot et se donne à fond, avec moins de moyens que la plupart des équipes d’Élite 2. Quand tu fais un bon match, tu vois que les fans sont vraiment heureux et ça fait plaisir à voir. 

D’un point de vue sportif, comment juges-tu ta saison pour le moment ? 

On a eu des difficultés au début de saison, en perdant plein de matchs « bêtement ». Quand on regarde le classement, même si c’est facile à dire, je pense qu’on aurait dû avoir 2-3 victoires en plus, ce qui changerait pas mal de choses. À titre personnel, j’ai dû m’adapter au championnat. J’avais bien commencé puis j’ai été un peu blessé, mais je me suis bien rattrapé depuis. Ce championnat est très difficile. La force de notre équipe est que chacun peut mettre des points et être le facteur X sur une rencontre, on ne repose pas sur quelques individualités. Évidemment, on veut toujours être celui qui va mettre les shoots pour aider le groupe mais cela dépend aussi du match-up du soir que tu as en face de toi.

« Les infrastructures à Évreux, c’est lourd ! »

Parle nous du niveau des installations, du coaching staff…

C’est un club professionnel et tu le ressens. On a deux coachs, un intendant, et une dizaine de salariés du club qui font un gros travail. Un manager d’évènement, le GM qui est dans un bureau directement relié à la salle. Un préparateur physique qui est là tout le temps, les kinés qui viennent le matin pour avant et après l’entraînement matinal. Et malgré tout ça, on est parmi les clubs les moins « outillés » du championnat. Le club a pris une amende de 100.000€ qui a limité certaines dépenses et impacté le budget. Mais nos coachs sont très investis. On a les entraînements collectifs suivis de la muscu le matin, et l’après-midi est plutôt dédiée aux entraînements individuels, où on peut travailler un aspect du jeu de manière plus spécifique avec les assistants qui sont très investis. Les infrastructures, pour une deuxième division, c’est du lourd ! Et tout le championnat est comme ça. Quand on a joué à Orléans devant 9.000 personnes, c’était incroyable. Le basket a une grosse place en France, et ça augmente de plus en plus avec les grands joueurs qui partent jouer aux États-Unis et qui donnent une visibilité à ce sport.

© Baptiste Da Costa

Tu suis un peu le basket US ou tu fais peut-être partie des sportifs qui préfèrent couper une fois rentré à la maison ?

Quand j’étais jeune, je suivais énormément, je connaissais le club de chaque joueur. Mais maintenant un peu moins, je suis plutôt le foot, étant un grand supporter de Dortmund. Je connais quand même les news et je suis toujours les Knicks, ayant été un grand fan de Carmelo Anthony à l’époque. Mais maintenant, je ne suis plus du genre à me lever la nuit, je regarde un peu mon ancien club de Levice ou l’Euroligue et c’est tout. Mais c’est important de pouvoir couper un peu du basket aussi pour ne pas saturer. 

À quel joueur pourrait-on te comparer en termes de jeu ?

C’est un peu drôle car mes potes me disent que je joue comme Anthony parce que je ne veux pas défendre (rires). C’est dur à dire : peut-être Deni Avdija qui joue à Portland. Mais il est plus grand que moi, et ce n’est évidemment pas le même niveau. Je suis un joueur qui peut faire des efforts en défense, même si je ne suis pas le plus vif, je peux défendre trois voire quatre positions sur un switch. Je dirais que je suis assez complet, capable de me créer des shoots. Je ne suis pas un shooter qui reste dans le coin, mais plutôt un modern scorer, capable d’un peu tout faire offensivement. J’ai un peu ce rôle de couteau suisse.

Sur quels aspects du jeu tu penses pouvoir encore plus progresser ? 

La défense en un contre un, et mon ball handling aussi, car je ne suis pas un grand dribbleur, je prends juste la balle et je shoote (rires) !

Ton transfert de Levice à Besançon a suscité quelques interrogations. Pourquoi ce choix après avoir connu l’Europe en Slovaquie ?

Je pense que beaucoup de personnes se sont posé la question. Je jouais effectivement l’Europe en étant capitaine de l’équipe et en remportant des titres. Ils m’ont fait une offre pour rester, mais je voulais aller voir ailleurs pour avoir un rôle supérieur. En Slovaquie, ayant la double nationalité, j’étais considéré comme Slovaque. Au moment où je décide de partir, j’avais fait une bonne saison mais je n’étais pas un role player, et à ce moment-là, le championnat slovaque n’était pas considéré comme un championnat très fort. J’avais des offres de D2 allemande, en Roumanie et en Suède, mais ça ne matchait pas d’un point de vue financier. J’ai eu une opportunité à Besançon et on a décidé de prendre ce pari avec mon agent car on sait qu’en France, quand tu fais deux bonnes saisons, tu peux y faire ta carrière entière. J’ai fait une bonne année là-bas avec un coach qui me donnait beaucoup de liberté, et ça a vraiment été une saison historique pour le club. Ça m’a permis de découvrir le basket français et m’a offert l’opportunité de signer à Évreux derrière. 

« J’aspire toujours à jouer dans la première division d’un grand pays » 

Ça fait un moment que tu es dans le basket professionnel : quelles sont tes ambitions ? 

J’ai envie de m’améliorer et d’évoluer à un niveau plus élevé d’année en année, avec un rôle de plus en plus important. J’aspire toujours à jouer dans la première division d’un grand pays comme l’Allemagne ou la France par exemple, et ça me ferait vraiment plaisir d’atteindre cet objectif. Ça reste réaliste, même si le passeport luxembourgeois n’intéresse peut-être pas beaucoup, moi j’y crois. Je signe souvent des contrats d’une année pour pouvoir évaluer mes options à la fin de la saison. Je ne suis pas fermé à d’autres aventures à l’étranger, mais pour le moment je me plais ici, le basket français est très bien organisé à tous les étages. 

À 25 ans, tu as déjà accumulé pas mal d’expérience, en jouant des matchs européens avec Levice en Slovaquie : qu’est-ce que tu gardes de ces années-là ? 

Ça m’a surtout apporté une mentalité de gagnant. Quand je suis arrivé en Slovaquie, ils étaient double tenants du titre et c’était un club où tu devais tout le temps gagner, donc le niveau d’exigence est élevé, tu dois détester la défaite. Je me suis habitué à gagner et à avoir cette mentalité de « mauvais perdant » dans le bon sens du terme, tout en restant fair-play. Je suis un bosseur et je veux continuer à m’améliorer pour exploiter au mieux mon potentiel, car je ne veux pas avoir de regrets à la fin de ma carrière. 

© FIBA

Tu penses déjà à l’après-carrière ? 

On est obligé de se poser la question, même si je préfère ne pas trop y penser. Je suis basketteur professionnel depuis que j’ai 20 ans, j’ai connu la sélection très jeune à 17 ans, donc je n’ai jamais connu autre chose que le basket. J’aimerais me dire que je vais gagner tellement d’argent en tant que joueur professionnel que je n’aurai pas trop à me soucier de l’avenir, mais il faut rester réaliste et se dire que ça ne sera probablement pas le cas. Pour le futur, j’aime bien travailler avec les enfants. Quand j’étais encore au Luxembourg et avant d’aller en sportif d’élite dans l’armée, je remplaçais les professeurs malades, donc ça peut être une piste à creuser plus tard. Il y aura aussi sûrement des opportunités avec la fédération mais je verrai dans le futur. 

Quelle est la salle la plus impressionnante dans laquelle tu as évolué ?

Avec la sélection, je me rappelle du match au Kosovo qui était pas mal. Il n’y avait pas tellement de monde, mais c’était une ambiance très hostile ! Contre la Roumanie, il y avait entre 6.000 et 7.000 personnes : ça n’arrive pas tous les jours. En club, on avait joué la finale de qualification pour la Ligue des Champions à Malaga où c’était costaud aussi. Cette saison, jouer devant 9.000 personnes à Orléans, je pense que c’est mon match avec le plus de spectateurs. 

« J’espère jouer un championnat d’Europe avec mon pays » 

Joueur majeur de la sélection depuis plusieurs années, comment juges-tu son évolution ?

On a vu que les filles étaient vraiment passées proches de se qualifier. Elles ont pas mal de joueuses qui évoluent à l’étranger, ce qui aide. Pour nous, l’objectif est de faire la transition entre l’ancienne génération et la nouvelle, afin que les jeunes s’habituent à ce niveau de compétition. En étant un peu au milieu, j’essaie de faire le lien entre les deux générations. Sur le long terme, je pense que si certains jeunes franchissent le pas en allant à l’étranger et qu’on attrape un groupe pas trop compliqué, pourquoi pas. Les jeunes chez nous préfèrent faire des études car ils savent que ça va leur assurer un certain niveau de vie, et on ne peut pas leur reprocher. J’espère pouvoir dire à la fin de ma carrière que j’aurai joué un championnat d’Europe avec mon pays, ce serait immense. Ce sera évidemment très difficile pour un petit pays comme le Luxembourg, mais « Never say never » comme disent les Anglais. 

As-tu conscience d’être un pionnier et d’avoir un rôle de modèle pour certains jeunes qui rêvent de devenir professionnel ? 

Même si ça fait plaisir et que je le remarque parfois, je garde surtout les pieds sur terre. Je ne me vois pas comme une star. Je suis un mec normal, je ne joue pas en NBA et il n’y a personne qui me suit dans la rue. Évidemment, si je peux faire plaisir en signant un autographe je vais le faire et c’est cool car c’est une reconnaissance du travail accompli, mais je ne me prends pas pour un autre. Je reste humble et je veux toujours faire plus, car je n’ai pas encore accompli grand-chose. Je veux continuer à aller le plus haut possible. Comme ça, je pourrai me retourner à 35-36 ans et contempler tout ce que j’ai fait, mais pas avant. 

Boris Saint-Jalmes

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