Deux gazelles luxembourgeoises à l’assaut du désert marocain

Du 18 mars au 2 avril, Stéphanie Dangel et Sophie Le Maner, traverseront le désert marocain au volant de leur Jeep Rubicon dans le cadre du 31e Rallye Aïcha des Gazelles. Seul équipage luxembourgeois sur la ligne de départ, les deux copines ont hâte de brandir le drapeau du Grand-Duché sur la ligne d’arrivée, à Essaouira. Rencontre avec une moitié du binôme, pour comprendre la genèse de ce projet un peu fou et découvrir les préparatifs.

Des tonnes de sable à perte de vue, des dunes, la chaleur du désert, les pistes caillouteuses, les oasis… C’est le cadre qui attend les 390 coéquipières qui participeront à la 31e édition du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc, qui se déroulera du 18 mars au 2 avril. Parmi elles, deux luxembourgeoises: Stéphanie Dangel, médecin généraliste de 50 ans installée à Luxembourg Ville, et son amie Sophie Le Maner, 52 ans le 28 mars, ex-réviseure d’entreprise, aujourd’hui propriétaire de gîtes en Bretagne. Au volant de leur Jeep Rubicon, elles représenteront le seul équipage luxembourgeois sur les 195 présents sur la ligne de départ. «On va faire flotter le drapeau du Grand-Duché à l’arrivée, à Essaouira, et j’avoue que j’en suis fière», confie d’ailleurs Stéphanie. La voiture acquise, il a ensuite fallu trouver des sponsors. «On a eu de la chance, les portes auxquelles on a frappé se sont globalement ouvertes. Même si on a eu des refus!»

«Le Paris-Dakar me faisait rêver quand j’étais petite»

Mais comment deux copines, la cinquantaine, peuvent-elles se lancer dans un défi aussi fou? Comment peuvent-elles foncer sur neuf étapes d’orientation et de pilotage d’une Jeep au beau milieu du désert marocain? «Bon, moi, je regardais le Paris-Dakar quand j’étais petite et ça me faisait déjà rêver», confie Stéphanie. Elle rencontre Sophie il y a une quinzaine d’années, à la sortie de l’école. Elle a deux enfants, Sophie trois, ce sont leurs deux filles qui vont leur permettre de se rapprocher et de se lier d’amitié. «Les dernières années, on s’est encore plus rapprochées, on a fait du canyoning en Espagne, des randonnées assez sportives en Italie ou en Croatie. On s’est trouvé un goût commun pour l’aventure, pour l’effort, pour le dépassement de soi. Et puis on a vu qu’on fonctionnait très bien ensemble dans ces moments et qu’on y prenait beaucoup de plaisir toutes les deux.»

D’accord, on a compris l’élan pour l’aventure. Mais le pilotage? Et plus particulièrement le Rallye des Gazelles, pourquoi? «On aime déjà bien toutes les deux avaler les kilomètres à la base, conduire, faire des longs trajets en voiture. Moi j’avais cette envie au fond de moi depuis mon enfance et le Paris-Dakar, elle, elle ressentait une attirance pour ça aussi, sans qu’on se le soit jamais dit. Et un jour, en fin de repas, le compagnon de Sophie met un peu ça sur la table, je ne sais même plus comment c’est arrivé… Et au final en deux soirées, les choses étaient réglées, on a foncé, on était prêtes et on s’est inscrites très vite, en mars 2021. On s’est dit que si on ne s’inscrivait pas tout de suite, on ne le ferait jamais.» Deux mamans qui décident de partir à l’aventure comme ça, sur un coup de tête, on se dit que cela risque de faire cogiter un minimum les enfants… Mais pas tant que ça, finalement: «Les trois enfants de Sophie, franchement ça va. Les miens… Mon fils est content, il trouve ça cool, il a 18 ans, il a déjà son permis moto. Ma fille de 22ans, ça l’angoisse un peu plus, elle se demande pourquoi je vais me mettre là-dedans», raconte Stéphanie.

Un enjeu de navigation, pas de vitesse

Une fois l’inscription faite, ce n’est pas tout, il faut s’y mettre! Et commencer à plonger les mains dans le cambouis. Sophie achète une Jeep Rubicon d’occasion. «La connaissant, elle la gardera après la course», sourit Stéphanie. Et il faut attaquer la préparation, se mettre à niveau sur l’orientation et la mécanique. «On a appris en accéléré sur un an.» Les deux femmes partent notamment tout un week-end en stage de pilotage à Strasbourg avec Joan Lavigne, de Pegase Drive, et un autre à Avignon, en janvier dernier, pour un stage d’orientation. Car la particularité de ce Rallye Aïcha des Gazelles est qu’il ne s’agit pas d’une course de vitesse. «On arrive à Erfoud le 22 mars. Le 23, il y a le prologue, on nous met en situation, on est encore hors compétition. Ensuite, le principe de ce rallye 100% féminin hors piste, c’est un enjeu de navigation. On nous donne des points GPS et on doit aller du checkpoint 1 au checkpoint 2uniquement avec les coordonnées GPS, que nous n’avons pas puisqu’on nous prend nos téléphones à la fin du prologue et qu’on n’a qu’une boussole, un compas de visée et les cartes au 250 millième et 100 millième», détaille Stéphanie. «Le but du jeu, c’est de rallier les différents checkpoints en faisant le moins de kilomètres possible. Le plus court c’est la ligne droite, sauf qu’évidemment, ce n’est pas toujours faisable!»

«Moi j’ai pas peur!»

Sur zone, sur les neuf étapes, le réveil est prévu à 5h du matin. Les filles ont une heure pour être prêtes, avec un briefing qui prévient des principales difficultés, si un oued est inaccessible, ce genre de détails qui ne comptent pas pour rien dans cette aventure en plein milieu hostile, ou du moins pas des plus favorables. «Ensuite, on a cinq à six checkpoints à relier par étape. On va au premier et puis on fait notre route: on marque tous les points et on étudie le meilleur parcours à privilégier», précise Stéphanie.

À quasiment chaque étape, les équipages rentrent au bivouac, où ils peuvent laisser leur véhicule à des mécaniciens en cas de gros pépin. Pour le reste, les bricoles, les filles doivent se débrouiller et gérer elles-mêmes la mécanique de leur destrier de tôle. «Il y a également une étape marathon sur deux jours où on ne rentre pas au bivouac et où l’on doit dormir à l’endroit où l’on se trouve à la tombée de la nuit, en montant notre tente où on peut.» On imagine tout de même un minimum la scène, le contexte, surtout pour des personnes qui n’ont jusque-là jamais mis un pied dans le désert marocain et on ose poser la question à Stéphanie: n’existe-t-il pas une petite appréhension à quelques jours du départ? «Non, moi j’ai pas peur», répond la cinquantenaire fringante, du tac au tac. « La seule chose qui me fait peur, c’est au contraire de ne pas le faire! Ce que je veux, c’est juste réussir ce challenge, franchir la ligne d’arrivée à Essaouira avec ma copine et la voiture.»

Car à une semaine à peine du grand jour, l’attente démange la médecin-pilote, elle a des fourmis dans les jambes, cela lui demande des efforts pour rester concentrée sur les quelques tâches qu’il lui reste à faire avant de plier bagage. «Je suis stressée, mais pas à cause de la course! À cause du travail et du reste. Quand on part, les pires trucs arrivent juste avant! Je vais surtout faire attention à ne pas tomber malade», s’angoisse-t-elle. «Je suis prête là, j’ai envie d’y être!»

Plus que quelques jours, quelques heures, et les deux luxembourgeoises se retrouveront sur le port de Nice, au volant de leur Jeep Rubicon, pour le départ de cette 31e édition du Rallye Aïcha des Gazelles. À la sortie d’un petit café de Luxembourg Ville, Stéphanie a déjà du sable au fond des yeux et le sirocco qui lui balaye les cheveux…

François Pradayrol

Note : Note: pour raconter leur aventure, Stéphanie Dangel et Sophie Le Maner ont créé un blog à cette adresse: www.lesgazellesdeluxembourgabaden.com. Pendant la course, l’avancée du duo pourra être suivie sur le site de l’événement: www.rallyeaichadesgazelles.com.

Note bis : Nous avons appris en dernière minute que, malheureusement, les deux gazelles luxembourgeoises n’ont pas pas pu participer à l’épreuve, au dernier moment et aux portes du désert, une des deux ayant été testée positive au Covid… Un crève-coeur après des mois de préparation. On leur souhaite de participer à la prochaine édition.

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