Après des incidents ayant fait les gros titres à l’occasion d’une rencontre de BGL Ligue, la fédération ne pouvait plus ignorer le problème de la violence dans nos stades. Mais le temps des mots doit laisser place à celui de la lutte face aux maux. Focus sur une plaie du football mondial.
« L’avenir et la crédibilité de notre football sont menacés ». C’est par ces mots que s’achevait le 25 septembre un bref communiqué de Paul Philipp, le président de la FLF, adressé « aux Présidents des clubs de la BGL Ligue ». Dans ce message interne que nous nous étions procuré, l’ancien international et coach des Rout Léiwen pointait du doigt « une image catastrophique du football luxembourgeois » donnée par « les étincelles de l’agressivité émanant de nos propres rangs ».
Si Paul Philipp semblait viser essentiellement le « banc des entraîneurs », la prise de parole venait conclure un épisode dont on se serait bien passé sur une pelouse de l’élite nationale. Le stade Am Pëtz était en septembre le témoin d’échauffourées entre Jack Mmae et Kevin Malget du FC Wiltz face à Chris Libohy ou Jeff Strasser du Progrès Niederkorn. Et la fin de rencontre offrait un triste spectacle de bagarre générale et d’intervention des forces de l’ordre, achevant de plonger les pessimistes dans le constat amer d’une violence ayant contaminé toutes les strates du football.
Car si le communiqué aux clubs de BGL Ligue invitait à se mettre « à l’épreuve d’intervenir, chacun par les moyens qui lui sont propres », il n’avait guère d’effet dans une séquence où les divisions les plus amatrices étaient touchées. Même scène que chez leurs aînés du côté du Red Star Merl Belair où face aux U13 de l’US Rumelange en mars, la police a dû envahir le terrain après la rencontre pour séparer des joueurs, parents et encadrants. En minimes. Et ces événements ne sont malheureusement pas isolés.
Souvent peu relayées par la presse nationale, les incidents ont lieu presque chaque week-end, chez les jeunes comme chez les adultes, chez les garçons comme chez les filles : une semaine après les images Wiltz-Progrès médiatisées sur les réseaux sociaux, la parole était libérée et on apprenait que des affrontements physiques sur la pelouse de Bous avaient eu lieu, impliquant l’agression d’une joueuse de 14 ans de l’Entente Rosport-USBC. En novembre, un arbitre était blessé lors d’une altercation entre supporters du FC Koerich et de la Jeunesse Gilsdorf.
Et en mai, la leçon ne semblait pas avoir été retenue. Alors que l’Europe entière voyait la fête des nouveaux vainqueurs de la Champions League gâchée par des exactions dans la capitale française, de nouveaux cas ont été recensés au Grand-Duché. Une bagarre entre ultras allemands et français a attiré l’attention au stade de Grevenmacher pendant une rencontre de D3. Une semaine plus tard, plusieurs patrouilles des forces de police ont été dépêchées à Brouch pour une rixe ayant fait plusieurs blessés à la fin d’une rencontre du même échelon.
Le plus regrettable, c’est que les pouvoirs publics paraissent démunis et ne dégainent face à ces maux que la recette de leurs mots. Interrogé par nos confrères de L’Essentiel, le ministre des Sports Georges Mischo confiait en avril s’être entretenu avec Paul Philipp et estimait que le temps était venu « de lancer une campagne, avec le ministère, les fédérations et les clubs, sur la nécessité du respect sur et autour du terrain. » Un vœu pieux et une goutte de bien-pensance dans un océan de surreprésentation médiatique de tous les contre-exemples de la planète, réunis sur un rectangle noir.
Un problème politique, d’éducation, de respect sociétal mais aussi générationnel : les projections parentales et leur transfert des ambitions démesurées sur les rejetons fantasmés à la Lamine Yamal ou Désiré Doué portent un nom, « le projet Mbappé ». Des illusions déconnectées au royaume de la connexion instantanée. Il faudrait voir à ce que les neurones se reconnectent. Et que chacun, joueurs, parents, entraîneurs, dirigeants, arbitres, spectateurs, se rappellent que malgré les enjeux, le foot n’est qu’un jeu.
À suivre le dernier volet : le bilan sportif de la saison !
Retrouvez les six premières parties du bilan : la saison en 7 chiffres clés, l’analyse financière, le désaveu des affluences, la sirène des diffuseurs, et le racisme ordinaire.
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