
Elles se sont affrontées dans les salles surchauffées d’Argentine avant de devenir coéquipières… puis bien plus encore. Aujourd’hui réunies sous les mêmes couleurs, Noelí Giacomino et Carolina Paladino portent Steinfort vers les sommets. Entre souvenirs électriques, complémentarité naturelle et ambitions assumées, le tandem albiceleste raconte leur parcours à deux voix, forgé dans l’intensité et la passion.
MENTAL! : Vous avez toutes les deux grandi et joué en Argentine, parfois dans des clubs rivaux. Quels souvenirs gardez-vous de ces confrontations là-bas ?
Noelí : On se connaît depuis qu’on est toutes petites, parce qu’on jouait l’une contre l’autre… et en plus c’était le derby ! Moi j’étais à Glorias Argentinas et Caro à l’Universidad Nacional de La Matanza. À l’époque on jouait au même poste, on était capitaines, c’était toujours électrique.
Carolina : Je me souviens qu’on se retrouvait presque toujours dans les matchs décisifs du championnat. Les salles étaient pleines, tout le monde chantait, il y avait une ambiance incroyable et beaucoup de stress aussi !
Passer d’adversaires à coéquipières, ça change quoi concrètement dans la relation au quotidien ?
N : Cela change tout ! En plus, quand Caro est arrivée dans mon équipe, j’avais déjà changé de poste, j’étais devenue passeuse. Donc avec mon rôle, je devais apprendre à comprendre chaque attaquante individuellement. Franchement, dès la première minute on s’est compris sur le terrain. On aime se dire les choses en face. On le faisait déjà quand on était amies… et on le fait encore maintenant qu’on est en couple.
C : Sans aucun doute, cela a beaucoup amélioré les choses. Petit à petit on a appris à mieux se connaître comme joueuses. On partage la discipline, le style de jeu et notre passion pour le volley.
Quand vous repensez à vos parcours respectifs en Argentine, imaginiez-vous un jour disputer des demi-finales en Europe, ensemble, sous le même maillot ?
N : Si je dis que ce n’était pas un rêve d’enfant, je mentirais ! Heureusement, ce n’est pas la première demi-finale qu’on joue ensemble, et j’espère que ce ne sera pas la dernière. On a déjà gagné plusieurs championnats ensemble, dont un en France avec l’Entente Saint-Chamond Volley.
C : Oui, je l’imaginais. En France, on a déjà joué une demi-finale et une finale dans la même équipe, et c’était une expérience magnifique.
Le volley argentin est réputé pour son intensité et son côté très émotionnel. Qu’avez-vous gardé de cette culture de jeu aujourd’hui à Steinfort ?
N : Au début, des entraîneurs ou des coéquipières pensaient que parce qu’on parle avec l’arbitre ou avec les adversaires, on va sortir du match ou perdre la tête. Mais non, c’est culturel, on a l’habitude. En Argentine, parfois tu te disputes même avec les supporters. Même entre nous, on parle fort, on gesticule. Parfois les gens pensent qu’on se dispute alors qu’on est juste… expressives !
C : Tout ! J’essaie de travailler mon tempérament parce que je sais que je suis dans un autre pays avec une autre culture. Mais je l’ai dans le sang et je pense que je le garderai toujours.
« La différence de Steinfort, c’est qu’on est une ÉQUIPE. »
Votre formation est devenue un sérieux prétendant au doublé cette saison. À quel moment avez-vous senti que ce groupe pouvait vraiment rivaliser avec les meilleures équipes ?
N : Je pense que le déclic est venu du fait que si une joueuse a un problème ou une douleur, une autre est prête à entrer et à tout donner pour l’équipe. Des bonnes joueuses, il y en a beaucoup. La différence de Steinfort, c’est qu’on est une ÉQUIPE.
C : Honnêtement, au début de la saison je n’avais pas beaucoup d’attentes. Il y avait des blessées, tout était nouveau, on a commencé avec des défaites. Mais on avait juste besoin de temps pour se connaître et pour que le travail commence à porter ses fruits.
Carolina, vous figurez parmi les meilleures marqueuses du championnat. Est-ce un rôle que vous recherchez ou est-ce simplement une conséquence du système de jeu de l’équipe ?
C : Je dirais que c’est plutôt une conséquence. On a une équipe avec de très grandes attaquantes qui, pour différentes raisons, n’ont pas toujours pu jouer tous les matchs ou n’étaient pas à 100 %. Du coup, j’ai reçu plus de ballons, et bien sûr je suis contente de pouvoir aider l’équipe de cette façon.
Noelí, on parle souvent de votre volume de jeu et de votre engagement dans les longs échanges. C’est une qualité que vous avez toujours eue ou que vous avez développée avec l’expérience ?
N : Je ne suis clairement plus la même joueuse qu’à 20 ans. Les années et l’expérience, si on sait en profiter, jouent en notre faveur. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus de patience et de calme qu’avant. Je dis toujours que je finis les matchs fatiguée physiquement, mais surtout mentalement, parce que je suis tout le temps en train de réfléchir à ce que je dois faire en fonction de l’adversaire et de la forme du jour de mes attaquantes.
« Capable de le faire »
Steinfort a battu Mamer cette saison et s’est affirmé face aux gros. Est-ce que ces victoires ont changé le regard que vous portez sur vos ambitions ?
C : Oui, clairement, battre les équipes de tête donne plus de confiance et de motivation pour aller encore plus loin. Mais au fond, on a toujours cru que cette équipe était capable de le faire.
Vous allez affronter le GYM en demi-finale de Coupe au Final Four à Bissen, puis à nouveau en demi-finale des playoffs. Est-ce particulier de jouer deux fois le même adversaire dans des matchs à élimination directe ?
N : C’est vrai que c’est un peu particulier mais chaque match est unique. On va essayer d’utiliser le fait qu’on les connaît de mieux en mieux pour chercher leurs points faibles et essayer de gagner.
Le GYM est une équipe très structurée et expérimentée. Selon vous, où Steinfort peut faire la différence face à elles ?
C : Aujourd’hui, on peut aussi dire que Steinfort est une équipe expérimentée. Plusieurs d’entre nous ont de l’expérience et ça permet de très bien compléter les plus jeunes. Et pour la structure… justement, on pense que ce qui rend Steinfort différent, c’est qu’on n’est pas une équipe trop « formatée ». On peut surprendre, on s’adapte beaucoup et cet effet de surprise peut être un vrai atout.
Si Steinfort va au bout cette saison, qu’est-ce que cela représenterait pour vous deux ?
N : Sans aucun doute, ce serait une immense fierté collective. Honnêtement, on ne sait pas qui nous imaginait capables de faire ce qu’on est en train de réaliser en début de saison. Mais les résultats viennent du travail d’équipe. De celles qui jouent plus, de celles qui ont moins d’opportunités mais surtout de toutes celles qui donnent tout à chaque entraînement et qui encouragent, que ce soit sur le terrain ou depuis le banc.
Jocelin Maire
Mental Médias SARL
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