Teqball : discipline du futur ?

Depuis quelques années, le teqball, mélange entre le ping-pong et le football, a fait son apparition au Grand-Duché du Luxembourg. Une discipline qui détonne, difficile à maîtriser, mais plaisante à pratiquer, et qui a pour ambition de s’installer durablement dans le quotidien des footballeurs professionnels, mais aussi des joueurs récréatifs. Découverte.

Article issu de notre magazine Mental! #18

De loin, on pourrait croire à une table de ping-pong, quand bien même son architecture semble légèrement différente de ce que l’on a l’habitude de voir. Puis, plus l’on s’approche, plus sa physionomie particulière saute aux yeux. Incurvée, au design archimoderne, cette table intrigue. Et, derrière des aspects futuristes, la certitude cette fois que ce bel objet s’utilise pour autre chose que le tennis de table… À juste titre, puisqu’il sert à pratiquer une discipline sportive différente : le teqball ; une activité en vogue qui surfe sur une popularité grandissante, tant au Luxembourg qu’à l’échelle internationale.

Un sport neuf et intense

Si la Fédération internationale date de 2012 et est basée à Budapest, la Fédération luxembourgeoise, elle, est apparue en 2018. Avec une cinquantaine de membres, la FLTEQ est encore dans sa phase initiale de développement. Mais, à l’image d’Achille Wozniak-Lemarié et Alex Nunes, qui ont récemment participé aux championnats du monde en Pologne, l’ambition de se faire une place au sein du teqball est bien réelle. « Nous sommes encore à un niveau débutant au Luxembourg », confirme Krisztina Salamon, coordinatrice des opérations de Teqball Luxembourg. « Cela peut paraître peu, mais les autres fédérations se développent depuis dix ans : nous, cela fait seulement trois ans. Il y a donc encore beaucoup de chemin à faire. »

Il est vrai qu’avec plus de 100 fédérations à travers le monde, le mouvement est en train de prendre énormément d’ampleur. Certains pays l’ont accepté comme un sport à part entière, tandis que d’autres en sont déjà à l’étape suivante avec sa reconnaissance par les comités olympiques. Dans cette abondance de nations se prêtant au jeu, la Hongrie, le Brésil, les États-Unis et beaucoup de pays d’Europe de l’Est émergent parmi les meilleurs. Une dynamique qui s’explique d’abord car ce sport est né en Europe de l’Est, mais aussi car il nécessite de grandes exigences techniques ; certains pays bénéficiant de la culture du « football spectacle » comme le Brésil ont donc inévitablement un avantage certain. Quant aux États-Unis, pays de l’entertainment par excellence, il allait de soi que la population s’intéresserait à cette discipline hautement divertissante. 

Neymar, par exemple, est souvent vu dans sa maison au Brésil en train de pratiquer le teqball. Fort de cet engouement, ce sport a d’ailleurs pour ambition d’être présent aux Jeux olympiques en 2028 : prévu aux Jeux européens de 2023, ce qui est une grande victoire pour la discipline, la suite logique serait donc de participer aux J.O. de Los Angeles. 

Pour Christophe Lambot, consultant en stratégie d’entreprise de la fédération, le teqball coche toutes les cases au vu des évolutions dans le monde du sport ces dernières années. Rapide, divertissant, il correspond parfaitement aux désirs d’une nouvelle génération de plus en plus intéressée par des disciplines sportives dans lesquelles le sentiment de divertissement a pris le dessus. Mais au-delà de l’aspect attractif pour les spectateurs, ce sport hybride est aussi extrêmement exigeant physiquement. Les parties durent approximativement trente minutes, mais sont d’une intensité constante. 

S’il peut être pratiqué par les femmes comme par les hommes, la majorité des membres au Grand-Duché est jusqu’à présent masculine. Exigeant une bonne technique, la plupart des joueurs qui se mettent à cette discipline sont généralement des footballeurs aux qualités bien supérieures à la moyenne. Une aubaine selon Lambot : « Ce n’est pas pour critiquer, mais dans le football au Luxembourg, la technique est souvent une part qui pêche. Sur beaucoup d’aspects, les joueurs du championnat sont à un très haut niveau, mais la technique peut parfois être un peu en deçà. Par conséquent, les clubs en sont particulièrement friands. Ces derniers adorent le teqball. Cela permet avant tout d’analyser le niveau d’un joueur, mais aussi énormément de s’améliorer ; ainsi, il pourra perfectionner sa qualité technique, sa précision, mais aussi utiliser l’ensemble de son corps. C’est bénéfique en tout »,confirme-t-il en joueur passionné par cette discipline.

À l’effort physique s’ajoute une notion capitale : le plaisir du jeu. Et sur ce point, Lambot est catégorique : « Une des vraies plus-values du teqball c’est que, même si ce sport est extrêmement technique et les règles assez complexes, vous passerez un excellent moment, quel que soit votre niveau. Il n’y a pas besoin d’être parmi les meilleurs pour vraiment vous éclater. Ce qu’on voit dans les écoles, c’est que dès que nous y installons une table, celle-ci est constamment complète. Certains élèves s’amusent à changer les règles, mais au final, l’objectif reste le même : réussir à remettre la balle de l’autre côté du filet. »

Parlons justement des écoles… La FLTEQ investit de façon assez conséquente dans le domaine afin de vérifier le pouvoir d’attraction de la discipline. Une fois que les élèves sont convaincus et passent leur temps libre à jouer, il leur est alors proposé de mettre en place de véritables entraînements. Un recrutement qui se focalise donc avant tout sur le plaisir de jeu : « Créer une atmosphère de plaisir est la base. Ensuite, certains de nos entraîneurs repèrent les meilleurs et leur proposent simplement quelques entraînements au sein de la Fédération ». Une méthode qui porte ses fruits et pourrait garantir au futur de la discipline des joueurs jeunes et déjà aguerris.

Pérennité financière avant tout

Éternel sujet de conversation avec les fédérations, le covid ne déroge encore une fois pas à la règle. Mais la réponse, inattendue, a le mérite d’apporter un peu d’originalité. Car pour la FLTEQ, les conséquences du coronavirus n’ont pas seulement été négatives. « D’un côté, cela a été une véritable opportunité. Alors que tout était fermé, les gens ont pu pratiquer le teqball. Et ce sport, grâce à sa physionomie, offre automatiquement la distanciation sociale. Donc, vis-à-vis de tout cela, c’était déjà un réel avantage. » 

Évidemment, tout n’a pas été rose pour la Fédération : « Nous avions prévu d’organiser des compétitions ici au Luxembourg l’année passée, mais aussi des qualifications pour gagner sa place au sein de la sélection. Malheureusement, le covid est passé par là. Nous espérions une énorme fête, des journées de découverte et de plaisir, et sans la possibilité de faire les choses à 100 %, nous avons préféré annuler. »

À ces pépins hors de contrôle pour les acteurs de la discipline s’ajoutent aussi les challenges d’une fédération débutante. Au-delà de réussir à conquérir le cœur des joueurs, ce qui semble déjà avoir été fait, le véritable défi aujourd’hui est de réussir à se procurer suffisamment de tables pour que la population puisse régulièrement jouer. « À titre d’exemple, les clubs aimeraient avoir quatre ou cinq tables, ce qui est logique dans l’optique de mettre en place un entraînement généralisé. Avec vingt joueurs, ça n’est pas possible d’organiser quelque chose de général avec une seule table. »

C’est que cette pratique implique nécessairement un investissement. À combien revient une table de teqball ? Si les prix varient en fonction de la gamme et de la qualité, il faut anticiper une dépense oscillant entre 1 500 et 3 000 euros. Un budget conséquent, mais qui, selon nos interlocuteurs, se rentabilise aisément. Avec une durée de vie quasiment infinie, l’investissement initial s’amortit donc au fil du temps. « Si je suis honnête, au vu de notre politique d’implémentation, notre plus grande concurrence est le ping-pong. Et en matière de coût, l’investissement est similaire à celui du tennis de table. » 

Mais quand bien même le rapport qualité-prix semble intéressant et l’investissement initial rentable, il n’en reste pas moins qu’il y a besoin d’investir une somme conséquente pour réellement se lancer dans la discipline. Un léger casse-tête car la Fédération ne veut pas dépenser à perte et mise avant tout sur la pérennité financière. « Comme nous ne sommes pas encore officiellement reconnus, nous navons pas réussi de subside, ce qui a évidemment fait très mal à notre budget. On sest donc retrouvé dans une situation assez paradoxale où, faute de moyens, nous navons pas pu répondre à la demande grandissante de beaucoup de gens. Mais si nous ne pouvons pas être autosuffisants, nous ne pouvons pas survivre sur le long terme. C’est donc là le premier grand objectif. L’idée d’être massivement subventionné pendant un certain temps, voir la vie en rose, avant que tout ne s’arrête et que nous soyons obligés de fermer les portes, cela ne nous intéresse pas. Nous voulons construire quelque chose avec des fondations très solides, capables de soutenir tout l’édifice en cas de coup dur », confirme Lambot.

Avec un budget extrêmement restreint, trop pour garantir un réel développement, l’objectif est aujourd’hui de développer partenariats et sponsorings. Problème ? La frilosité d’un grand nombre de personnes qui, peu à l’aise vis-à-vis de cette nouvelle discipline, préfèrent botter en touche. Une méconnaissance qui peut impacter à d’autres niveaux que la rentrée d’argent. « Nous ne sommes pas encore reconnus par le COSL. À vrai dire, la première étape est d’être classifié comme sport à part entière par le ministère des Sports. Nous ne sommes pas inquiets vis-à-vis de cela, puisque nous nous conformons à tous les prérequis demandés par le gouvernement »,explique Krisztina Salamon.

Ainsi, la FLTEQ tente d’avancer sans se précipiter, préférant assurer chacun de ses pas plutôt qu’effectuer une course qui pourrait causer plus de mal que de bien. Avec une démocratisation et une connaissance de plus en plus prononcées, l’optimisme reste de mise au sein de la Fédération qui, encouragée par les avancées globales en matière de notoriété du teqball à travers le monde, espère arriver au même résultat au Luxembourg. Avec des objectifs fixés à court, moyen et long terme, le doute semble faible sur la capacité de la discipline à être reconnue et démocratisée au Grand-Duché. Il reste juste à savoir quand… Et, le temps de patienter, quelques petites parties de teqball devraient aider à tranquillement passer le temps.

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