Frank Link (CHEV Diekirch) : « Mettre l’accent sur la formation »

Comment se passe cette saison pour Diekirch ?

C’est une saison vraiment difficile, bien qu’on le savait déjà d’avance. Chez les féminines, on était champions la saison passée, mais après celle-ci, trois filles ont arrêté leur carrière pour diverses raisons, une de nos gardiennes à été transférée à Bascharage et, c’était déjà difficile pour voir les objectifs de la saison. À l’intersaison, au début on croyait encore que notre joueuse étrangère, Alina Molkova, qui était MVP la saison passée, allait rester chez nous, mais en août, elle a reçue une offre de la part d’un club de 1.Bundesliga, en Allemagne. Et ça, c’est le rêve de tout sportif donc on ne pouvait pas refuser la proposition et on a soutenu Alina pour lui permettre de vivre cette aventure. En Supercoupe, Camille Ehrminger s’est blessé aux ligaments croisés… On a perdu six filles par rapport à l’équipe de l’année dernière, donc on savait que ça allait être très compliqué, et qu’on allait devoir rebâtir une nouvelle équipe. On recommence presque à zéro avec de nouvelles filles très jeunes, d’autres qui étaient déjà dans le groupe mais qui jouaient plutôt les seconds rôles. Maintenant, ce sont les premières sur le terrain et elles doivent prendre les responsabilités et c’est forcément difficile de reproduire les mêmes résultats que lors des deux dernières années. On ne va pas jouer le titre cette saison, on joue pour donner de la confiance, de l’expérience aux jeunes joueuses qui doivent reprendre la responsabilité.

Vous avez décroché le titre de champion chez les féminines la saison dernière, était-ce un objectif déclaré en début de saison ?

C’était un objectif oui. Mais c’était presque comme dans un film ! On s’est donné rendez-vous avant le début de la saison. Après la saison d’avant qui avait été annulée, personne ne savait vraiment où est-ce que nous en étions. Il y avait beaucoup de rumeurs : les unes voulaient arrêter, d’autres voulaient partir, ce n’était vraiment pas clair.  On a alors vu toutes les filles, on a discuté avec elles, on leur a demandé « est-ce que vous voulez jouer le titre, est-ce que vous avez cet objectif ? » et alors toutes les filles ont dit « oui mais il nous quand même faut une équipe qui a le potentiel de jouer le titre, sinon ça ne sert à rien ». Et nous, le comité, on leur a dit « si vous restez toutes, que vous vous investissez à fond, alors on va aller chercher encore une ou deux joueuses pour avoir un cadre qui peut jouer le titre ». C’est là que la saison a vraiment commencé. On a étoffé l’équipe avec Camille Ehrminger et Pauline Roussel. Elles nous ont permis de faire des rotations et d’être dangereux à tout moment. Il y avait une superbe motivation, tout le monde avait la vision de ce titre, et on a fait un 10/10 en play-offs, et même quand nous étions sûrs d’être champions, on continuait gagner. Du début à la fin de la saison, tout été orienté vers ce titre. Comme je vous l’ai dit, ça s’est passé comme dans un film. Si on avait dû écrire le scénario, je l’aurais écrit comme ça s’est passé.

Le fait d’avoir été champion a mis en lumière des joueuses qui seraient restées ?

Oui et non. Dans le cas d’Alina, même si nous avions été deuxième ou troisième, elle aurait quand même pu avoir ce contact. Il n’y aurait pas eu de différence. Elle a un manager qui a beaucoup de contacts. Ça dépend moins des résultats de l’équipe que des performances individuelles. C’est pour ça qu’elle aurait eu la même offre, peu importe notre classement. D’un autre côté, toutes les filles qui ont arrêté, peut-être qu’elles auraient continué si nous n’avions pas remporté le titre. Mais avec un titre de champion, c’était le moment pour elles de s’arrêter. Elles avaient déjà pensé à s’arrêter un an plus tôt, mais elles ne voulaient pas rester sur une saison blanche stoppée en raison du Covid. Décrocher le titre, c’est la meilleure façon de dire stop. Alors cette saison, on aurait peut-être eu moins de mal si nous n’avions pas été champions, mais l’émotion d’un titre est sans égal. Et dans l’histoire, à chaque fois qu’on jouait le titre, on a eu un petit trou les saisons qui ont suivi. On ne peut pas jouer le titre tous les ans.

Et au niveau de votre équipe masculine ?

Chez les hommes, c’est un peu la même chose. On a pas eu de changements dans l’équipe aussi importants qu’avec les filles. La plupart des joueurs sont restés, mais on ne pouvait pas se renforcer, faute d’argent notamment. Depuis un an et demi, avec le Covid-19, on n’a pas pu faire de manifestations et on n’a pas pu rentrer l’argent qu’on était habitués à gagner avec les matchs de la saison. On n’a donc pas pu renforcer beaucoup notre équipe, mais on a quatre joueurs qui sont venus de notre équipe U17. Ce sont des joueurs qui ont toujours évolué dans notre club et qui font maintenant partie de notre équipe sénior. On veut vraiment reconstruire quelque chose avec ces jeunes. Donc ce ne seront pas forcément de grands renforts tout de suite, mais ils le seront peut-être dans quelques années, et pour ça, ils doivent avoir du temps de jeu, ils doivent être intégrés dans le groupe, et là aussi, on a une année de reconstruction. On savait dès le début qu’il serait difficile de concurrencer des clubs comme Mersch, qui ont beaucoup investi à l’intersaison. Mais on veut rester en AXA League, ça c’est l’objectif principal.

Avez-vous tout de même l’espoir de finir à une sixième place qualificative pour les play-offs vainqueurs ou vous êtes résignés à jouer le maintien ?

Avant la saison, on espérait forcément arracher cette sixième place. Mais avec le nouveau système, qui fait qu’il n’y a pas de rencontres aller/retour mais juste un seul match unique face à chaque club pour jouer la qualification, on savait que ce sont surtout quatre matchs à gagner pour arracher cette sixième place. Comme on a perdu face au Standard et qu’on a concédé le nul face à Rumelange, il y a déjà beaucoup de points qui manquent. Donc pour nous, il est quasiment impossible de finir sixième. Il faut alors tout mettre en oeuvre sur la construction de l’équipe pour avoir un bon groupe et être prêts pour se maintenir en AXA League.

Dans le passé, Diekirch faisait régulièrement partie des play-offs vainqueurs, aujourd’hui on sent qu’il y a un peu plus de mal. Trouvez-vous qu’il y a plus de meilleures équipes qu’auparavant ?

Oui, c’est notamment le cas pour Mersch qui a fait un très bon mercato. Les Red Boys aussi ont fait un bon travail, avec de nouveaux joueurs étrangers. Mais d’un autre côté, il y a des équipes qui ont perdu des joueurs et qui n’avaient peut-être pas non plus la possibilité de tous les remplacer. Et Berchem, par exemple, joue aussi avec beaucoup de jeunes issus de leur centre de formation. Ils misent de plus en plus sur des jeunes du club. Certains clubs ont des sponsors très forts et peuvent investir, tandis que d’autres, comme nous, ont plus de difficultés et doivent se débrouiller avec les jeunes. Il y a les uns et les autres. Les autres, on ne peut rien faire, mais nous on opte pour le chemin des jeunes de notre club, on choisit de leur faire confiance et de les intégrer au sein de l’équipe première.

Le CHEV Diekirch des prochaines saisons, à quoi ressemblera-t-il ?

Vous savez, c’est toujours difficile de trouver des joueurs qui disent « Diekirch, ce n’est pas trop loin pour moi ». Notre situation géographique fait que quand on contacte des joueurs, ils ne peuvent pas toujours accepter car c’est trop d’investissement pour venir jusqu’ici, même s’ils ont envie de venir. Il faut donc espérer avoir des joueurs qui sortent de notre équipe de jeunes et qui ont le potentiel pour jouer dans nos équipes premières masculines et féminines. Les prochaines années, ce que j’espère profondément, c’est de garder ces jeunes joueurs, qu’ils soient motivés et qu’ils se donnent à fond pour au final montrer qu’ils peuvent jouer au haut niveau à Diekirch. On doit y aller pas par pas. On n’a pas les moyens d’investir massivement d’une année à l’autre. Mais on doit stabiliser un peu tout, que ce soit au niveau financier ou au niveau sportif, pour se maintenir en AXA League, ce qui sera très important car un maintien est synonyme de visibilité, de sponsors… 

Donc l’accent sera porté sur la formation des joueurs…

Bien sûr ! On mettra l’accent sur la formation des joueurs, sans pour autant perdre notre place en AXA League. Cela doit être complémentaire, car si nous descendons une division, l’objectif des jeunes ne sera peut-être plus le même. Rester en division nationale nous permettrait d’avoir une meilleure vision pour les jeunes. 

L’objectif serait alors d’intégrer petit à petit des jeunes au sein de l’équipe première en AXA League ?

Oui, tout à fait, et pour ça on a aussi besoin de quelques éléments d’expériences, que ce soit des joueurs luxembourgeois ou des joueurs étrangers qui peuvent aussi soutenir ces jeunes. Parce que ce n’est pas la peine d’avoir des jeunes qui arrivent des catégories inférieures et qu’on leur disent « débrouillez-vous ». Donc il faudra équilibrer tout cela pour trouver une réelle symbiose.

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