Racing Luxembourg 0-0 Jeunesse Esch : l’analyse tactique

Dans la course à l'Europe, le Racing a encore perdu des points en ne réussissant pas à s'imposer à domicile contre la Jeunesse. L'analyse tactique du match.

Suivre le football, c’est parfois assister à de beaux matchs, des scénarios haletants, à un peu de folie. Mais suivre le football, c’est aussi prendre le risque d’assister à des matchs plus difficiles à regarder, sans étincelles, et de regarder sa montre de plus en plus fréquemment au fur et à mesure du temps.

Ce dimanche au Stade Hammerel, on avait pris le risque d’aller voir deux clubs desquels on attend toujours un peu plus, mais qui ne nous donnent pas toujours ce que l’on aimerait. Ce genre de match où les joueurs se sont battus et ont dû sortir du terrain avec le (juste) sentiment d’avoir tout donné mais un match où, en tant que supporters et observateurs neutres, on ne peut se satisfaire. Le Racing et la Jeunesse étant assez proches au niveau de leur dynamique, en 2022, on savait que le match allait être équilibré. Des matchs terminés à un but d’écart, souvent perdus pour la Jeunesse, et quelques sorties trop peu convaincantes pour le Racing. Bref, deux équipes qui avaient besoin de se recentrer sur leurs basiques défensifs, le scénario était quasi-écrit d’avance.

Dès les premières possessions de balle, on a tout de suite observé deux blocs défensifs bas laissant très peu d’espaces aux attaques adverses. Face à ce type de bloc, il est indispensable d’appliquer quelques principes de jeu essentiels pour espérer avoir des temps forts et des occasions de but. Malheureusement pour tout le monde, aucune des deux équipes ne les a appliqués correctement malgré la volonté de certains joueurs d’essayer.

A travers cette analyse, nous allons voir ce qui a été mis en place par les coachs, ce qui a fonctionné et ce qui a manqué pour emballer le match.

La clé du match : priorité à la défense

Si le Racing se présentait avec un système en 5-2-3 différent de celui de la Jeunesse qui évoluait en dans un 4-1-4-1 défensif (4-3-3 offensif), on observait quelques similitudes dans le plan de jeu défensif des deux coachs :

Les signes de deux équipes pensant avant toute chose à défendre et mesurant leurs prises de risques offensifs.

Face au travail des pistons du Racing, Mersch et Büch, on observait même les ailiers de la Jeunesse, Kyei et Laurent, redescendre à hauteur de leurs défenseurs pour former une Jeunesse en 6-3-1.

Jeff Saibene utilisait un système de jeu ayant fait ses preuves avec beaucoup de densité dans l’axe pour pousser l’adversaire à utiliser les côtés et une discipline suffisante pour réduire le danger vers le but de Ruffier.

Le point défensif est donc la satisfaction principale de ce match pour les deux équipes.

Malgré quelques incendies éteints par leurs gardiens respectifs et surtout par la maladresse offensive des adversaires, n’encaisser aucun but leur a permis d’assurer au moins un point.

Qu’a-t-il manqué au Racing face au bloc bas de la Jeunesse ?

Avec une saison 21-22 plus proche de la fin que du début, on a bien identifié les points forts des Racingmen :

Le Racing devait procéder par attaques placées et était en difficulté dans la construction du jeu. En phase de préparation, on observait une multiplication de passes latérales entre les 3 défenseurs centraux, chaque passe étant effectuée après 2 à 3 touches de balle. Face à un bloc qui coulissait tranquillement, il était impossible de créer un décalage de cette façon.

Après une série de 5-6 passes, on assistait donc à un jeu long qui arrivait très rarement sur un coéquipier et, trop souvent, qui était envoyé hors des limites du terrain. Ce déficit technique a empêché la pertinence de cette option « jeu long » car celle-ci aurait pu permettre aux locaux de mettre la pression dans le camp adverse et de compter sur les seconds ballons pour obtenir des récupérations plus hautes.

Aussi, cela aurait peut-être provoqué le pressing, plus haut, des attaquants eschois, ce qui aurait permis de libérer Nakache et Simon, habituels leaders techniques du Racing. Peut-être, toujours dans cette optique de bien défendre avant tout, on a vu trop peu de prises de risques chez les Bleus et Blancs, trop peu de dépassements de fonctions.

Hormis Simon et Nakache essayant de dézoner pour s’extirper du marquage adverse, on a vu des joueurs évoluer, pendant 90 minutes, dans les mêmes zones, au même poste. Sans mouvements, sans changements de positions, il est très difficile de bouger un bloc bas et discipliné. On pense notamment aux ailes, l’un des points forts du Racing.

En 1ère mi-temps, on voyait des ailiers excentrés, premièrement trop éloignés de leur avant-centre, et laissant peu de place aux montées de leurs pistons. En seconde période, on a vu ces mêmes ailiers, Mabella et N’Goma, se présenter plus souvent entre les lignes et, plus proches de Françoise, essayer de combiner sur des petits espaces et profiter de leur vitesse supérieure.

Aussi, ces mouvements créaient enfin des décalages dans le bloc eschois et libéraient également les pistons qui essayaient d’amener le ballon dans la surface de Sommer par des centres. Malheureusement pour eux, et comme pendant tout le match, les avant-dernières et dernières passes n’arrivaient pas. Malgré tout, le Racing s’est créé quelques occasions et a obtenu des coups de pieds arrêtés qui n’ont pas été convertis faute d’efficacité.

Qu’a-t-il manqué à la Jeunesse face au bloc bas du Racing ?

Tout comme leurs adversaires, les Eschois ont aussi eu de longs temps de préparation d’attaques placées avec leurs défenseurs. Et ces échanges de passes latérales étaient aussi longs que ceux du Racing et, logiquement, cela n’a pas aidé à faire la différence. La proportion à jouer en retrait était même plus importante du côté de la Jeunesse.

Autre point commun avec leurs adversaires du jour, l’option jeu long était rarement payante, du fait du déficit technique des joueurs, envoyant le ballon sur des zones sans coéquipiers voire directement en touche. En supériorité numérique dans le milieu de terrain, en 3 contre 2, on a été étonné de voir, en phase de préparation, Stelvio Cruz redescendre à hauteurs de ses défenseurs centraux.

Faire redescendre sa sentinelle est devenu à la mode, un marqueur du football moderne. L’objectif est de permettre à ses défenseurs latéraux de monter très haut sur le terrain dès la phase de préparation des attaques placées. Or, face à un Racing évoluant à 5 derrière, l’apport des latéraux eschois était limité, car étant trop proches de leurs ailiers et surtout de leur adversaire. De ce fait, une fois sur deux, Mendes et Besch contrôlaient le ballon et jouaient en retrait.

On aurait plutôt aimé voir Stelvio, leader technique assumé de son équipe, être plus souvent dans le cœur du jeu et amener le « +1 » face au duo Nakache-Simon. Etant donné qu’aucun pressing n’était appliqué par les attaquants du Racing, on pouvait penser que la charnière centrale de la Jeunesse aurait pu se débrouiller seule. Stelvio aurait pu pousser, plus haut sur le terrain, Todorovic et Nouvier. Son influence dans le jeu aurait peut-être pu permettre de faire la différence tant les milieux désignés « relayeurs » ont disparu de la circulation au fur et à mesure du match.

D’ailleurs, à partir de l’heure de jeu, on a même observé Maazou venir faire ce boulot de relayeur et, donc, abandonner sa zone d’attaque dans laquelle il semblait dominer les défenseurs adverses. On peut d’ailleurs imaginer que le carton rouge évitable, pris par Stelvio en fin de match, pénalisera le jeu de la Jeunesse pour le, ou les, prochains matchs. Tout comme le Racing, sans trop de dépassements de fonctions, la Jeunesse a aussi eu quelques occasions pour repartir avec les 3 points. Et, tout comme le Racing, la qualité et l’efficacité, dans les dernières passes et le dernier geste n’ont pas été au rendez-vous.

Thomas Fullenwarth

 

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