Nicolas Perez : « Ne pas se fixer de limites »

Transféré cet été, Nicolas Perez symbolise à lui seul le début de saison exceptionnel de l’UNA Strassen. Meilleur buteur du championnat, précieux dans son rôle de pivot et fin connaisseur de la BGL Ligue, Perez a répondu à nos questions sur ce début de saison rêvé, ce titre de meilleur buteur, et la suite du championnat.

Le dernier match face à Dudelange a été compliqué au premier abord avant une vraie embellie par la suite. Qu’est-ce qu’il a fallu changer pour que les choses aillent mieux ?

Il a fallu changer le bloc équipe pour qu’on joue plus haut et de manière plus agressive. C’est ce qu’on s’est dit dans le vestiaire. Il fallait aussi qu’on se libère. Nous avons une équipe assez jeune, qui peut être rattrapée par les enjeux. On a peut-être eu peur de jouer, et heureusement, la mi-temps nous a permis de nous dire les choses et retrouver notre plaisir de pratiquer notre football. On a retrouvé ça en deuxième heureusement. On aurait sincèrement pu en prendre un second but lors des quarante-cinq premières minutes, mais heureusement cela a été.

Est-ce que vous vous êtes mis trop de pression ?

Je ne pense pas. Il faut juste être réaliste et savoir que sur le terrain de Dudelange, on ne va pas nécessairement produire le même jeu que lors d’autres rencontres plus abordables. On arrive chez le leader, on avait une idée en tête qui était de rester en bloc mais on l’a fait de manière trop timide. On avait peur de se projeter, et heureusement, ça s’arrête à la pause à 1-0 et on est encore en vie. Et en deuxième, on a vraiment réussi à rectifier le tir. Il fallait se rappeler qu’on n’avait rien à perdre et que si on prenait un autre but, c’était le football, mais qu’avant tout, il fallait jouer notre jeu. Perdre en jouant, pas de souci. Mais il faut y aller.

En deuxième mi-temps, même avec l’égalisation en poche, on a vu Strassen pousser pour aller chercher ce second but. Comment tu expliques ce style de jeu presqu’insouciant ?

On était tout simplement libéré, et heureux de jouer notre jeu, ce qui explique nos résultats cette saison. Au fil du match, on s’est rendu compte qu’on n’était pas juste des plots et qu’on avait un coup à jouer. On a bombé le torse, on est allé au charbon, pour essayer de marquer ce deuxième but. Mais en toute honnêteté le nul était équitable. Ils ont eu le ballon, une frappe magistrale qui sort de l’ordinaire (NDLR : Van Den Kerkhof) mais derrière ça, peu d’occasions. Ils peuvent avoir la possession, bien sûr, mais si à la fin du match il n’y a pas de victoire, c’est ce qui compte réellement. On n’a pas concédé d’occasions et on a essayé d’aller les chercher. On a vu qu’on pouvait presser plus haut, cela les a mis en difficulté et c’était du beau football.

Tu as encore été très précieux dans ton rôle de pivot et dans l’orientation du jeu offensif. Est-ce que cette manière de jouer, très altruiste est venu avec le temps ou tu as toujours eu ça ?

Cela a toujours été mon style de jeu. Je suis à l’aise dos au but. Honnêtement sur la première mi-temps je n’ai pas touché de ballons, j’étais plus dans le bloc équipe à coulisser. Mais par la suite j’ai réussi à garder mes ballons, récolter beaucoup de fautes, me retourner et faire une passe décisive. J’ai joué 10 en début d’année, et sans prétention aucune je pense avoir une bonne vision de jeu et être capable d’apporter ma pierre à l’édifice. C’était un très beau duel face à Dudelange et Cools, et j’ai donné le maximum. 

As tu une préférence entre marquer ou être passeur décisif ?

Evidemment je préfère marquer, largement ! Mais j’aime aussi décrocher, trouver la profondeur. Je pense être capable d’apporter dans plusieurs situations.

Jusqu’ou peut aller Strassen ?

Honnêtement, je n’en sais rien… Je ne veux juste pas que l’on se fixe de limites. Il faut continuer de la même manière. Avec l’expérience, je sais que le retour après la trêve hivernale est très compliquée. Il faut tout faire pour rester dans le haut de tableau. Nous sommes invaincus depuis le 29 août, et je n’ai pas peur de le dire : chaque journée, je suis agréablement surpris du football produit. Encore là, on est mené contre Dudelange, et on arrive à se relever. On a mis le bleu de chauffe, et c’est cette mentalité qu’il faut garder tout au long du championnat. On a un groupe exceptionnel, où tout le monde s’entend bien, avec un coach au top. La mayonnaise prend bien.

On en est à douze journées, vous êtes sur le podium : n’est-il pas temps de remettre à jour les objectifs et penser aux qualifications européennes ?

Penser à l’Europe… C’est loin. Quand on regarde le classement évidemment que ça rentre dans l’esprit, mais entre nous on n’en discute pas. Personnellement j’ai un caractère qui ne se prend pas trop la tête, je ne veux pas voir trop loin. Je pense que ne pas trop regarder, ne pas faire de calculs, prendre les matchs les uns après les autres, c’est la meilleure solution pour continuer de performer. Cela serait une énorme consécration évidemment, mais avant tout, on est un groupe de potes qui fait du bon boulot, et voilà. Il y a une deuxième partie de saison qui arrive, avec Hesperange qui revient bien, des favoris qui vont tout donner… On sait qui on est. À nous de continuer, et on verra à la fin.

Tu es meilleur buteur du championnat. Est-ce qu’il y a un côté de toi qui voit ça comme une revanche sur des clubs qui ne t’ont pas fait assez confiance ?

Sincèrement, oui. Je montre de quoi je suis capable, et je pense aujourd’hui que je montre qu’on aurait peut-être du me faire plus confiance par le passé. Maintenant, je sais qui je suis, et je dois juste continuer d’avancer. Je n’ai pas changé de style de jeu, je n’ai pas plus de chance qu’avant. J’ai un CV. On m’a peut-être moins donné ma chance à certains moments alors que je le méritais. J’avais peut-être le cliché du joueur qui en fait moins. Mais quand je vois l’entraîneur de Dudelange qui parle de moi en disant « Il se déplace peu mais utilement », c’est une vraie satisfaction. Il faut être intelligent dans le football, et je pense l’être. J’aurais pu le montrer dans les plus grands clubs du Luxembourg mais malheureusement ça ne s’est pas fait, et aujourd’hui, je le fais de très belle manière à Strassen et je suis très satisfait de moi.

Tu es nommé pour le titre de meilleur joueur de BGL Ligue, en ayant paradoxalement rejoint un club aux ambitions plus modestes, tout du moins en début de saison. Sans langue de bois : mériterais tu ce titre ?

Sincèrement, non. Je pense que Sinani a montré d’excellentes choses. Mais sur l’année, je suis à 7 buts en 9 matchs avec Hesperange, et ici onze sur douze. Donc je suis très heureux de mes performances. Maintenant, Sinani a été champion, il a fait de très grands matchs, je pense que ça doit lui revenir. Mais je suis très satisfait et honoré d’être dans cette sélection de joueurs. Et c’est d’ailleurs une très bonne chose d’avoir mis ça en place : c’est encourageant pour les bons joueurs et permet de les mettre en lumière, c’est top.

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