Les anonymes indispensables (Partie 1)

Shania Vakil est une jeune femme de 21 ans. Elle étudie le Business Management à Bruxelles. Mais elle passe le week-end au Luxembourg car, munie d’un sifflet ou d’un drapeau à damier jaune et orange, elle doit faire appliquer les règles du sport le plus connu au monde dans nos championnats nationaux. C’est malheureusement une activité trop peu pratiquée, comme le confirme la pénurie d’arbitres que nous vivons actuellement.

« J’ai commencé avec l’arbitrage en septembre 2017 », se souvient-elle. Hormis quelques entraînements, elle n’a jamais véritablement joué au football et rien ne la prédisposait à devenir arbitre. « À l’époque, j’avais un voisin qui était lui-même arbitre et il m’a convaincue de m’inscrire à la formation. C’est ainsi que j’ai commencé et je n’ai plus jamais arrêté », explique-t-elle.  

Elle s’est alors dirigée vers le centre de la Fédération luxembourgeoise de football (FLF) pour une journée de formation, combinée à un test physique et un examen écrit et est ainsi devenue arbitre agréé à la FLF. Elle s’est dans un premier temps habituée au sifflet en catégories d’âges et au drapeau en Division 1 masculine. Après cinq années de pratique, elle œuvre désormais régulièrement comme juge de ligne en BGL Ligue et en Promotion d’honneur, et prend le rôle d’arbitre principale en Division 3 masculine et dans toutes les divisions féminines. Ces deux fonctions présentent néanmoins beaucoup de différences. « L’arbitre central a évidemment plus de responsabilités (…) et c’est donc plus difficile, mais c’est challengeant. C’est prendre plus de décisions. C’est tout simplement être au centre. Donc même si c’est plus compliqué, je préfère être arbitre central plutôt qu’arbitre de touche », nous explique-t-elle.

Aux différentes tâches s’ajoutent également les nuances dont il faut faire preuve dans l’arbitrage selon les championnats. « Quand on siffle des femmes, des hommes ou des jeunes, on a des approches différentes. La communication avec les joueurs et la manière de siffler changent. Même dans un même championnat, chaque match est différent et à chaque fois, les acteurs changent. Il faut s’adapter », explique-t-elle.

Ce qui caractérise les arbitres, c’est l’attitude impassible dont ils doivent faire preuve envers les supporters, car ils faut parfois accepter leurs remarques mesquines et déplacées sans broncher. Shania Vakil est solide dans cet exercice d’abstraction, comme en témoigne sa réponse désinvolte quand on lui demande si elle a déjà vécu de tels agissements : « Je pense que oui, c’est déjà arrivé. » 

Heureusement, ces comportements ne sont pas systématiques et l’arbitrage lui a offert de nombreux avantages : « Je ne vous cache pas que l’argent a joué un rôle dans un premier temps. Jeune, c’était une formidable chance de faire du sport en gagnant de l’argent de poche. » Si l’aspect financier a donné l’impulsion, elle a rapidement trouvé un autre plaisir dans cette activité. « Ce qui me plaît dans l’arbitrage, c’est qu’à travers lui, j’ai réussi à développer ma personnalité. On apprend à se connaître et on développe sa confiance en soi », explique-t-elle. 

L’arbitre, comme n’importe quel acteur du football, doit avoir une bonne condition physique pour être performant. La FLF organise ainsi tous les jeudis des entraînements qui leur sont destinés. Mais une fois par semaine n’étant pas suffisant, Shania Vakil et ses collègues doivent se maintenir en forme par eux-mêmes. En plus du physique, c’est également la connaissance des règles qu’il faut entretenir pour être à la pointe durant toute l’année. Les arbitres doivent donc suivre une formation continue pour s’exercer. 

Comme pour tous les sports, il existe des contraintes pour qui souhaite pratiquer l’arbitrage, mais il est possible de progresser. Ainsi, au fur et à mesure, le prestige des matchs pour lesquels on est nommé augmente, et il existe même la possibilité d’arbitrer des rencontres internationales. C’est d’ailleurs ce que vise Shania Vakil : « J’aimerais avoir la chance d’arbitrer au niveau international dans le football féminin. » On lui a également demandé si elle ne rêvait pas un jour de mimer le contour d’un rectangle avec les index pour désigner le VAR. « Non », sourit-elle, « d’ailleurs au Luxembourg, je ne pense pas que le VAR arrivera tout de suite… »

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