Swift : Promu en Europe !

Bon élève mais avec des troubles de comportements parfois en interne, le Swift a su rendre une belle copie pour son retour parmi l’élite. A eux les voyages à travers le Vieux-Continent l’été prochain.

Tout a commencé le samedi 22 août dernier. Première journée du championnat. Le soleil et les spectateurs investissent le stade Alphonse Theis. Pour son retour en BGL Ligue, Hespérange alors coaché par Jeff Strasser entame la saison par un succès face à son hôte differdangeois sur le score de 3 buts à 1. Côté local, Hakim Abdallah, qui finira meilleur buteur du club dans cet exercice 2020-2021, signe un doublé pendant que son coéquipier Léonil y va aussi de sa réalisation. Le promu, annoncé par beaucoup, comme un potentiel champion -à la vue de son recrutement XXL à l’intersaison- donne le ton pour son come-back parmi l’élite du football luxembourgeois. La bande au capitaine Joubert enchaine avec une victoire sur la pelouse de la Frontière face à la Jeunesse d’Esch puis va connaitre un coup d’arrêt lors des quatre rencontres suivantes. Une défaite à la maison face au Racing, un nul à Strassen, une défaite à domicile face au F91 (qui fait forcément tâche lorsqu’on connait la récente histoire qui lie les deux clubs) et un nul au Hamm. Une « disette » fatale à Strasser qui prend la porte. 

Pascal Carzaniga, vieille connaissance de Flavio Becca (sponsor principal du club), lui succède à la mi-octobre. Pour son premier match sur le banc hespérangeois, le technicien français voit son groupe l’emporter face à Itzig (Division 1) en 32èmes de finale de la Coupe Grande-Ducale. Puis le coronavirus fait des siennes, comme bien souvent, et met en pause le championnat jusqu’au 22 novembre où sa troupe partage les points face au Fola. Alors qu’Hadji plante un doublé pour les Eschois, Abdallah, toujours lui, et Tom Schnell marquent pour le Swift. Il y a eu un mois de pause avant cette partie entre deux formations favorites à la première place, mais pour autant il s’est passé pas mal de choses pendant cette coupure. Surtout le plan extra-sportif. Des rumeurs de départ de Pascal Carzaniga prennent de l’ampleur, alors qu’il vient seulement de débarquer au poste d’entraineur. La faute à des salaires impayés aux joueurs et à une communication du club certainement mal gérée. Cette mini crise a le temps de passer aux oubliettes avec la longue trêve hivernale de trois mois et ceux qui résident au sommet du Holleschbierg reviennent aux affaires le 17 février pour le compte du match reporté de la huitième journée du championnat. Ils écrasent le Progrès à Jos Haupert grâce à un triplé de l’inévitable Abdallah et des réalisations de Stolz et Schnell (5-2). Avec ce large succès, Françoise et consorts sont lancés et deviennent inarrêtables. Sur les neuf parties qui suivent, ils glanent huit succès et concèdent un nul. Passé le début du printemps, le groupe de Carzaniga, estampillé « anciens du F91 » vont chercher un succès ô combien important et symbolique sur leur pelouse de leur ancienne demeure de Jos Nosbaum. Dans un match complètement fou et haletant, les Hespérangeois l’emportent sur le score de 3 à 2 pour le compte de la dix-neuvième journée. 

Par la suite, il y aura des succès fleuves comme face à Strassen (7 à 0) ou encore plus récemment face à Rodange (4 à 0). Lors de la réception de la bande à Larrière le 22 mai dernier, Carzaniga avait déjà déposé sa démission auprès de Flavio Becca depuis une dizaine de jours. Le coach lorrain avait alors appris que le sponsor principal s’était mis à la recherche d’un autre entraineur pour la saison prochaine. Décision étrange alors que l’exercice n’était pas encore achevé et que le Swift était jusque-là toujours invaincu depuis l’arrivée au poste de Carzaniga.

Il faudra attendre le dernier acte de la saison pour observer la première et seule déconvenue de l’effectif entrainé par « PC ». Dans une partie délocalisée à Jos Haupert, antre habituel du Progrès, Hespérange s’incline face à Differdange sur le score de 3 à 1. L’ironie de l’histoire veut que ce soit le même score sur lequel ils les avaient battus lors de la première journée de championnat. Anecdotique comme le dira le capitaine Jonathan Joubert quelques minutes après cette défaite qui les relègue finalement sur la troisième marche du podium final. Le capitaine expérimenté le sait mieux que quiconque, la deuxième ou troisième place ne change rien à leur sort : ce sera la Conference League cet été. Le top 3 fixé comme objectif initial est atteint. Le titre de champion patientera encore. Pour la saison prochaine ?

Pascal Carzaniga : « Je pars avec l’objectif atteint »

Quand vous êtes arrivé aux rennes de l’équipe première, l’objectif imposé par les dirigeants était clair : « L’Europe ». Mission accomplie…

Oui, c’est top ! Car quand on m’a fait venir, l’objectif de finir dans les trois premiers était clair. On parlait aussi de remporter la coupe nationale mais entre-temps elle a été annulée du fait du COVID. Ce dont je suis aussi fier pour mes gars, c’est qu’ils sont allés chercher cet objectif un mois avant le clap du fin du championnat.

Revenons sur votre arrivée. Moins de 24 heures après le départ de Jeff Strasser, vous étiez intronisé comme le nouvel entraineur d’Hespérange le 15 octobre dernier. Votre décision avait été vite prise ?

Oui, même si j’avais été en contact avec d’autres clubs de BGL Ligue auparavant. Je cherchais un challenge sportif. Il y avait bien eu un rapprochement avec la Jeunesse d’Esch qui avait la qualification européenne pour objectif mais nous n’avons pas su trouver un terrain d’entente. Alors quand Sofian (ndlr : Benzouien, directeur sportif du Swift) m’a appelé le mercredi 14 au soir à 22 heures, le lendemain je signais.

Sitôt arrivé sur le banc du Swift, vous attaquiez avec un derby communal face à Itzig, un club de Division 1. Vous souvenez-vous de ces premiers pas ?

Non, c’est un match dont je ne garde pas forcément de souvenirs car l’équipe a joué seulement un jour après mon arrivée. J’avais juste eu le temps de venir saluer l’effectif la veille de la partie. Ce sont mes adjoints qui avaient constitué l’équipe.

Puis le COVID s’est mêlé à la partie, il y a eu un mois d’arrêt avant un match nul face au Fola (2-2) le 22 novembre.

Alors là oui, je m’en rappelé très bien. L’entame de la confrontation avait été assez folkorique. Les joueurs avaient décidé de ne plus s’entraîner depuis quasiment un mois car les salaires n’étaient pas versés. Malgré ce contexte, mon groupe avait réussi à accrocher l’adversaire. Notre mental était très fort. Nous avions été au-dessus la première période. Eux, ont dominé la seconde.

« Une sacrée remontada »

Après ce match, la longue trêve hivernale a pris ses quartiers. Quel a été le programme de votre groupe durant ces trois mois sans compétition ?

C’était assez compliqué il faut le reconnaitre. Car nous nous trouvions dans un contexte inédit. Il fallait garder tout le monde bien concentré alors que nous devions nous entrainer par groupes de quatre joueurs en raison du contexte sanitaire. C’est là que j’ai eu une nouvelle confirmation sur le fait que mon collectif était mentalement très costaud. Il ne faut pas oublier qu’à cette période, la moitié des coaches de l’élite annonçaient un arrêt définitif du championnat après 50% des matches joués alors que nous étions 7ème à dix points de Dudelange et cinq du Fola.

Pensez-vous qu’il faut raccourcir cette longue pause en BGL ?

Oui, je pense qu’on doit déjà jouer jusqu’à la période de Noël, car il y a très souvent moyen d’aller jusqu’à cette échéance sur le plan climatique. Ensuite, nous devrions observer une trêve d’un mois et observer une reprise au début du mois de février. Le système à l’allemande me paraît la meilleure des solutions pour le championnat luxembourgeois.

Vous avez été un acteur important pour le Swift dans cette quête de voyage à travers le Vieux-Continent cet été. Néanmoins, vous n’en ferez pas partie. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

C’est une décision prise par téléphone le 11 mai dernier par le « Boss » du club (ndlr : Flavio Becca, le sponsor principal du club). Il m’a fait comprendre que nous ne continuerions pas l’aventure ensemble. Il a eu d’autres profils de coaches en entrevue. Heureusement, tout cela n’a pas perturbé la vie du groupe. 

Êtes-vous déçu ?

Non, car j’en sors la tête haute comme dans toute histoire. Comment être déçu alors que grâce à un groupe de joueurs extraordinaires, nous avons su réaliser une sacrée remontada. Depuis mon arrivée, c’est 16 victoires, 6 nuls, 1 défaite, ce qui correspond à un bilan de champion.

En 2014, vous aviez déjà été remercié par le Président Becca alors que dans la foulée vous veniez à conquérir le titre avec vos joueurs du F91 à l’époque face au Fola…

Pour moi c’était bien pire de le vivre au F91 car nous avions fini champions et avions la Champion’s League à disputer. Et dans le même temps, j’avais réalisé trois transferts luxembourgeois très importants avec à l’époque les arrivées de Dave Turpel, de Tom Schnell et de Clayton de Souza. Nous avions mis une sacrée machine en route et bizarrement je me fais virer dans cette période. Après, en 18 saisons de coaching, mon pire souvenir reste tout de même l’éjection de Differdange où on m’avait accusé de pas mal de torts qui étaient infondés.

« Si ce n’était pas Becca à Virton, j’en serais déjà l’entraineur »

Vous le perdez où, selon vous, le titre de champion national ?

Sans contestations possible, lors de mon arrivée, car il ne faut pas oublier que quand je prends en main l’équipe nous accusons dix points de retards sur le F91 et cinq sur le Fola. C’était quasiment mission impossible. Au final, lorsqu’on regarde le bilan comptable, nous avons réussi à reprendre deux points sur le Fola, qui finit champion. C’est énorme et une grande fierté !

Quelles sont les satisfactions de cet exercice 2020/2021 ?

Ce sont tous les bons moments vécus avec mes joueurs lors des séances d’entrainements et de matches. Et il y a aussi cette victoire mérité sur le score de 3 à 2 au stade Jos Nosbaum face au F91.

Au contraire, qu’est-ce qui vous a gêné ?

Il y a eu deux moments compliqués. Tout d’abord le match nul à Ettelbruck (ndlr : 0-0 le 24 février dernier). Nous nous étions fait voler par un arbitrage catastrophique de Monsieur Biever. Puis, il y a eu un deuxième match où nous sommes passés à travers plus récemment. C’était lors du match nul 1-1 à John Grün face à Mondorf.

Votre avenir semble se tourner vers la Gaume où votre nom revient avec insistance du côté de l’Excelsior Virton…

Ah Virton…c’est mon fief ! J’y ai évolué en tant que joueur et y ai de superbes souvenirs ! Ensuite, il faut savoir que mon épouse est de Virton. Donc, je dois reprendre du service avec une équipe et sans dispute à la maison, c’est évidemment avec eux (rires). Mon cœur est Gaumais. J’ai d’ailleurs une anecdote qui me rattache au club. En 1997, je me suis marié à l’église de Virton. Aujourd’hui, si ce n’était pas Becca à la tête du club, je suis sûr que j’en serai l’entraineur…

Jocelin Maire

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