Fola Esch : la consécration

Vainqueur l’an dernier d’un championnat tronqué, le CS Fola Esch n’était pas cette saison attendu sur la première marche du podium. L’arrivée du Swift Hesperange, nouvel épouvantail de la BGL Ligue, les ambitions du Progrès ou encore le désir de Dudelange de demeurer une place forte du football luxembourgeois contribuaient tous à créer le scepticisme sur les possibilités des hommes de Sebastien Grandjean de remporter le titre. Pourtant, sans jamais douter, le Fola a dominé de main de maître cette saison et est allé chercher un titre précieux et mérité.

Moins d’une semaine avant de terminer la saison, Sebastien Grandjean s’était confié à nous dans un entretien pour notre site web. Au moment de répondre sur une éventuelle pression, l’entraîneur du Fola Esch avait été parfaitement clair : non : « Les objectifs sont atteints. Lorsquun club donne un objectif à un staff, à des joueurs et quils sont atteints, il ny a plus aucune pression qui existe tout simplement. Tout le reste, cest du bonus. » 

Etait-ce là une manière de protéger son groupe, de diminuer la tension logique que devaient ressentir ces joueurs avant cette rencontre finale ? Sûrement. Il parait dur d’imaginer qu’à quatre-vingt-dix minutes d’un titre, un entraîneur ne ressentent pas la moindre boule au ventre au moment de conclure. Et, pendant quinze minutes, l’impression dégagée par ses joueurs était bien celle de la nervosité. Avant ce coup-franc exécuté rapidement, et ce tir croisé de Diallo, synonyme d’ouverture du score. Derrière ce but libérateur, il ne faisait alors plus de doute que le club allait voguer vers son premier titre depuis 2015. Enfin à l’aise sur le terrain, comme s’ils se souvenaient du jeu attractif et offensif proposé toute la saison, les titulaires de cette journée historique retrouvaient enfin leurs préceptes : transitions rapides vers l’attaque, combinaison courte, replacement défensif dès la perte du ballon. Un style de jeu ambitieux qui avait amené le club sur cette première place du classement et qui, pour les soixante-quinze dernières minutes, les y a maintenu.

Plier, sans jamais rompre.

Un titre remporté lors d’une dernière journée confère toujours une portée plus dramatique. Et en ce sens, la victoire finale 0-3 sur le terrain du rival de toujours de la Jeunesse garantit forcément une présence dans les mémoires de tous les supporters du club d’Esch (et aussi les suiveurs de BGL Ligue). Il est vrai que la défaite surprenante du Swift face à Differdange rend cette victoire finale un peu plus anecdotique. Mais, il y a en ce dernier succès un symbole de la hargne qui habitait les joueurs du Fola. Et, après avoir mis en valeur des qualités impressionnantes sur le terrain, le nouveau champion a su montrer ses ressources mentales, après un dernier mois irrespirable et aux rebondissements constants. Après avoir eu une avance jugée sur le moment irrattrapable, le Fola avait tangué au pire des moments. Des résultats négatifs face à des adversaires bien plus modestes, tels que Mondorf ou Ettelbruck. Des revers qu’expliquant le coach Sebastien Grandjean par un relâchement coupable : « Je pense que les joueurs, à force de gagner, doffrir du bon jeu, et de marquer beaucoup de buts se sont peut-être inconsciemment relâchés par rapport à ladversité. Face à Etzella, dernier, qui plus est avec deux buts davance, on a fait une faute grave contre eux. Cest clair et net. Contre Mondorf, cela peut arriver, on peut parler daccident. On est menés 0-2, on revient à 2-2, on est punis en fin de match parce que lon ne fait pas tout bien. Donc voila, je pense que lon peut parler dune certaine décompression mentale et peut-être dun léger coup de mou physique. On a su y remédier en faisant un peu tourner leffectif contre Hostert, et à Rodange on aurait du gagner 100% sur et certain. »

Sauf que la rencontre face à ce dernier s’était soldée, encore une fois, par un résultat négatif. Et avait, le temps des dernières journées, replacé le club d’Esch dans la position de chassé et non plus de chasseur. Il en fallait alors, des ressources, pour ne pas s’effondrer totalement. Qui plus est avec des annonces officielles de départ de joueurs, certains pour des rivaux. Avec Swift et le F91 Dudelange aux aguets, le Fola glissait même sur la troisième marche du podium. Il restait toujours ce précieux match en retard mais, le temps d’un week-end, l’équipe en crise de confiance n’était plus maître de son destin. Heureusement pour elle, et à l’image de cette fin de saison définitivement folle, ses adversaires directs perdaient encore une fois des points précieux, et permettait de nouveau à Esch de croire en ce titre.

Ce mercredi soir face à Wiltz, il fallait voir la rage de gagner qui guidait le groupe vers la victoire. Face à un adversaire toujours difficile à manoeuvrer, l’équipe, encore aidée par un nouveau but d’un Zachary Hadji plus que jamais meilleur buteur, survolait la rencontre pour s’offrir une dernière finale au Stade de la Frontière. Et, hormis un début de rencontre timide, le groupe faisait le job sans sourciller lors de la dernière rencontre de la saison, cherchant, encore et encore, à amplifier son avance, pour le plus grand bonheur de son entraîneur.

Un train inarrêtable

Toujours dans notre dernier entretien, Sebastien Grandjean se délestait de toute responsabilité sur la fructueuse politique sportive du club. « Tout ceci a été mis en place avant moi, je ne fais que monter dans un train qui est déjà en marche, et jessaye de le guider et continuer dans ce sens-là. » Force est de constater que s’il n’est pas responsable de la construction de l’engin ferroviaire, l’entraîneur s’est avéré être un excellent conducteur. Et il ne fallait pas être en retard sous peine de rater le départ supersonique de saison. Passé un match nul pour le coup d’envoi de la saison face à l’ennemi de toujours de la Jeunesse, le club a lancé sa saison en boulet de canon avec dix-neuf points engrangés sur vingt-et-un. Un début enthousiasmant qui aurait pu être mis à mal avec l’arrêt temporaire de la saison pour cause de crise sanitaire. C’était alors l’opportunité pour les autres écuries du championnat de travailler de nouveau sur leur harmonie de groupe, et rattraper le retard pris. Las, il n’en fut rien. Toujours aussi inarrêtable, le Fola croquait ses adversaires, en débutant sa reprise par 9 victoires en dix matchs, dont une véritable claque 5-0 face à Dudelange. Un enchaînement de résultats impressionnant qui les amènera à ne connaître leur seconde défaite de la saison qu’au début du mois de… mai. Un parcours impressionnant, qui, s’il sera mis à mal, sera suffisant pour garantir le titre. 

Imperturbable dans les grands matchs

Une autre des clés de cette saison réussie est assurément les confrontations directes.C’est bien simple : dans ses affrontements face à ses quatre poursuivants au classement final, le Fola n’a perdu qu’une fois. C’était contre Dudelange, en Septembre 2020. Avant et après, les hommes du directeur sportif Pascal Welter n’auront jamais connu la défaite. Sans nécessairement remporter tous ses clashs (à l’image de ses deux résultats nuls face au Swift), le champion a empêché ses adversaires de croire en un hypothétique retour jusque la toute fin de saison, où il était malheureusement trop tard pour eux de refaire leur retard. Ainsi, en dévorant tout sur son passage face aux adversaires dits plus modestes, et refusant de perdre des points contre ses principaux rivaux, l’avantage mathématique était assuré, et la victoire attendue. Quand bien même celle-ci n’eut lieu que lors de la dernière journée, il semble inconcevable de voir ne serait-ce qu’un seul membre ou fan du CS Fola Esch s’en plaindre. À juste « titre ».

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