Karine Reuter : « Un manque de respect total »

La présidente du Racing, Karine Reuter, accuse le Swift Hespérange de ne pas avoir joué le jeu lors de la dernière rencontre de foot féminin entre les deux clubs, avec un forfait « organisé » dès la 7e minute. Mais c’est plus globalement  la structuration du football féminin et sa considération au Luxembourg qu’elle dénonce. 

« Une mise en scène, une escroquerie, un abus de confiance ! » Les mots de la présidente du Racing Union Lëtzebuerg, Karine Reuter, étaient déjà forts dans le courrier qu’elle a adressé à la Fédération luxembourgeoise de football. Lorsque nous l’avons rencontrée dans son bureau, la colère n’était toujours pas retombée : « Nous allons déposer une plainte au pénal contre le Swift pour mise en scène avec pour but de contourner le règlement, et contre la Fédération pour complicité », annonce-t-elle.

Les faits remontent au samedi 6 novembre. Les filles du Swift arrivent, assez tardivement, au stade du Racing pour un match de championnat. « Elles ne sont que 7, avec un 8e joueuse soi-disant aux vestiaires, que je n’ai pas vue », raconte Philippe Ciancanelli, directeur sportif du secteur féminin au Racing. « Au bout de la 7e minute, et alors que nous menons déjà 7-0, une joueuse du Swift se blesse toute seule et l’arbitre arrête donc le match, l’équipe adverse n’étant plus assez nombreuse pour poursuivre la rencontre. » Autre accusation de la part des dirigeants du Racing : dans le même temps, six joueuses du Swift habituellement en équipe première auraient joué en équipe réserve à Wormeldange.

« On ne pouvait pas aligner une équipe compétitive »

De son côté, le Swift se défend d’avoir détourné le règlement : « On avait deux équipes en lice ce jour-là et on avait seulement vingt filles valides. On en a envoyé 9 au Racing et 11 à Wormeldange. Ce n’est quand même pas au Racing de décider quelles filles jouent en première ou en réserve chez nous ! », réagit Romain Bivert, tout en reconnaissant : « On ne pouvait pas aligner une équipe compétitive au Racing ce jour-là. » 

« En attendant, nous, on allume les lumières du stade, nos bénévoles se déplacent, on a des filles qui viennent de Nancy, de Trêves, qui font 250km aller-retour pour 7 minutes de match ? Est-ce qu’on les respecte en agissant comme cela ? Non ! » peste Karine Reuter. Lorsque l’on demande à Romain Bivert pourquoi ne pas faire forfait avant le match, il confesse et justifie :

 « Si on fait ça, l’équipe est sortie du championnat et c’est forfait général. On ne peut pas sanctionner tout un groupe qui veut jouer au foot pour un week-end où nous n’avons pas assez de joueuses. » Une explication qui a le don d’agacer Philippe Ciancanelli : « La Fédération a proposé l’année dernière aux clubs qui étaient trop justes d’être rétrogradés afin d’évoluer à un niveau plus adéquate pour eux. Devinez quel club a refusé en avançant qu’ils auraient une équipe compétitive cette année ? Le Swift ! »

La Fédération a répondu au coup de gueule de Karine Reuter en soulignant que le Swift Hespérange « n’avait pas violé le règlement de la FLF en présentant 7 joueuses avant la rencontre » et que le préjudice subi par le Racing est « minime du fait que le résultat du match sera validé par 7 buts à 0 » en sa faveur. 

« S’ils s’en foutent au fond, qu’ils aient les couilles d’assumer »

« Sauf qu’on s’en fout complètement du résultat ! », tempête encore Karine Reuter. « Ce qui est en jeu, c’est la crédibilité du football féminin ! Les règles et la structuration sont aujourd’hui trop floues entre les différents niveaux, les licences, ce qui est autorisé ou non. Même à la Fédération ils s’embrouillent quand ils en parlent. Mais il n’y a pas que ça : lorsque la sélection nationale hommes a joué le dimanche 14 novembre contre l’Irlande, on a déplacé la journée des garçons le samedi. Les filles ont dû laisser la place, mais elles, on ne les a pas autorisées à jouer le vendredi, on a tout simplement reporté la journée. Du coup, cela fait trois semaines qu’on ne joue pas. Le football féminin n’est pas considéré aujourd’hui et ça me dégoûte vraiment, il s’agit d’un manque de respect pour les joueuses, pour les femmes et pour le football ! Et je vais aller plus loin : j’ai l’impression que la Fédération s’intéresse au football féminin uniquement pour récupérer l’argent de la Fifa ou de l’UEFA. Mais s’ils s’en foutent au fond, qu’ils aient les couilles  d’assumer et on arrête tout. » Dans le même élan, Karine Reuter a également écrit aux ministres Taina Bofferding (Intérieur et égalité hommes/femmes) et Dan Kersh (Sports, Travail, Emploi et Economie sociale et solidaire), afin de lister les dysfonctionnements qui, selon elle, gangrènent le football féminin luxembourgeois.

Sur cette structuration du football féminin, le secrétaire général du Swift Hespérange est plus compréhensif et demande du temps : « On essaye de le développer, mais c’est un bébé. On fait tout pour qu’il grandisse et s’épanouisse, même si pour l’instant il y a des problèmes qui perdurent. Mais on ne peut pas les régler du jour au lendemain, il faut du temps. » Concernant la plainte de Karine Reuter, il se contente de ces quelques mots : « Elle doit avoir sa conception à elle du règlement et elle devra prouver qu’on a tort. Nous, nous n’avons rien à nous reprocher et nous nous concentrons sur les faits. »

Mais le courroux de la présidente du Racing Union n’est visiblement pas près de s’apaiser : « On ne s’arrêtera pas et on ira jusqu’au bout tant que les choses ne changeront pas. »

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