F91 – Progrès : Choc d’entrée

Après avoir décroché le titre —honorifique — de champion d’automne à l’issue de la phase aller du championnat en décembre dernier, le F91 Dudelange garde en tête son objectif principal : celui de devenir champion de BGL Ligue. Mais le chemin est encore long à quatre mois d’un dénouement qu’on imagine serré jusqu’au bout. Le leader a un train d’avance, mais un choc face au Progrès dès la reprise du championnat pourrait bien rebattre les cartes.

Revenons un an en arrière. Le 17 février 2021, le F91 démarrait une phase retour de BGL Ligue — tronquée en raison de la pandémie de Covid-19 — à la deuxième place du classement, trois points derrière le Fola, après en avoir lâché quatre lors des 14e et 15e journées (1-1 face à Strassen et surtout 3-3 face à Wiltz, après avoir mené 2-0). Aujourd’hui, on peut facilement admettre que le club de la Forge du Sud n’a pas flanché avant la mi-saison et trône en tête du classement de BGL Ligue, avec un point d’avance sur… le Progrès Niederkorn. Ironie du sort ou simple hasard du calendrier, les deux clubs s’affronteront pour la reprise du championnat ce dimanche 6 février, et l’issue de la rencontre confortera le leader à sa place ou adjugera la première position à une nouvelle équipe. 

Le F91 est en mission

On doute que Carlos Fangueiro ait envie que son équipe commette les mêmes erreurs que la saison passée en offrant des points — parfois gratuits — à ses adversaires. Le contexte, pourtant, sera tout autre. Le F91 n’a certes pas de marge sur ses concurrents directs (un seul petit point d’avance sur le Progrès, deux sur Strassen), mais n’aura a priori pas à enchaîner des semaines anglaises comme c’était le cas entre février et mai 2021. Et qui dit calendrier plus léger, dit forcément moins de blessures. Les Dudelangeois auront alors logiquement plus de ressources pour se frotter à leurs adversaires. La seule ombre qui pouvait planer sur le leader subsistait quant au gardien de but. Enzo Esposito semblait en effet bien seul à son poste ces dernières journées, et un pépin physique aurait fortement contrarié la deuxième meilleure défense du championnat. Jonathan Joubert, qui avait fait son retour au club durant le mercato d’été, a passé plus de temps à l’infirmerie que sur le terrain en raison d’une blessure qu’il traîne depuis longtemps, tandis que Miguel Palha n’a jamais pu exercer son métier suite au refus de la part de Pétange de libérer son ex-gardien. Le staff était alors dans l’obligation de trouver un portier, et c’est désormais chose faite depuis le 20 janvier en la personne de… Lucas Fox. L’international espoir luxembourgeois, formé au F91, avait quitté la Jeunesse Esch à l’issue de la saison 2020-2021 pour relever un challenge à l’étranger. Hélas, après un transfert raté du côté du Viktoria Cologne en juillet dernier, Lucas Fox est depuis resté… sans club. 

Son arrivée, qui profitera énormément aux deux parties, sera pourtant la seule annoncée par le champion d’automne, auteur d’un mercato plutôt calme. De toute manière, que ce soit l’attaque, plutôt fournie (quatre numéros 9 avec Bettaieb, Hadji, Hassan et Muratovic), ou la défense, qui est la deuxième plus hermétique du championnat (16 buts encaissés), on se dit que le staff n’a sans doute pas besoin ni envie d’avoir trop de joueurs, ce qui apporterait possiblement plus de problèmes que de solutions. Pour optimiser la longue préparation de la trêve hivernale, le staff a décidé d’emmener ses joueurs en stage en Espagne, du côté d’Albir, entre Alicante et Valence. Ainsi, les Dudelangeois ont pu parfaire leurs automatismes face à des écuries professionnelles. La victoire face aux Russes du CSKA Moscou (1-0) et la défaite de peu face aux Norvégiens du FK Molde (0-1) ont sans doute conforté les pensées du technicien portugais avant la reprise du championnat.

À l’heure actuelle, on voit difficilement ce qui pourrait stopper un F91 en mode rouleau compresseur. Le calendrier global de la phase retour paraît abordable, puisque les Dudelangeois recevront plus qu’ils ne se déplaceront, d’autant que ce seront les concurrents directs pour le titre et les places européennes (Progrès, Racing, Differdange, Fola, Swift) qui viendront rendre visite au stade Jos Nosbaum. Mais la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain, et on aura sans doute un élément de réponse sur ce à quoi pourrait ressembler la seconde partie de saison de Mehdi Kirch et ses coéquipiers au soir du 6 février, après un choc au sommet de la BGL Ligue face à Niederkorn.

Progrès Niederkorn : le mercato perturbera-t-il le roc de la BGL Ligue ?

Le deuxième du championnat a connu un mercato et une préparation plus que mouvementés, avec notamment le départ chez les pros de Belmin Muratovic et l’avenir encore incertain d’Aldin Skenderovic. Un départ en partie compensé par les arrivées du défenseur Vincent Peugnet et de l’attaquant Laurent Pomponi. Mais pour l’entraîneur Stéphane Leoni et le gardien Sébastien Flauss, le groupe a de quoi résister à ces bouleversements pour continuer de jouer les premiers rôles.

La préparation de l’actuel deuxième de BGL Ligue n’a pas été un long fleuve tranquille, c’est le moins que l’on puisse dire… 

Belmin Muratovic, élément central du jeu du Progrès, s’est envolé chez les professionnels, du côté du FC Politehnica lasi, en deuxième division roumaine. Le capitaine Aldin Skenderovic s’est quant à lui longtemps entraîné en essai à Esbjerg, en deuxième division danoise, avant de finalement rejoindre ses coéquipiers. Son cas reste en suspens, « même s’il est aujourd’hui plus proche de terminer la saison avec nous que de partir », affirme le président, Thomas Gilgemann. Pour compenser ce départ peu anodin, le club a enregistré l’arrivée du défenseur Vincent Peugnet en provenance de Cholet (National, France) et de l’attaquant Laurent Pomponi (réserve de l’AC Ajaccio).  

Outre l’agitation sur le marché des transferts, Antoine Mazure s’est fait une entorse au genou, Brian Amofa s’est claqué la semaine dernière et ratera la reprise, Irvin Latic a manqué toute la préparation pour cause de covid… ça fait beaucoup, non ? « On n’a pas pu travailler ce que l’on voulait, avec très peu de joueurs à l’entraînement. J’espère que la mayonnaise prendra rapidement, notamment avec les nouvelles recrues. Il va vite falloir recréer des automatismes. On s’adapte! Et puis c’est toujours un plaisir de voir des joueurs de chez nous signer chez les pros, c’est la politique de la maison », tente de relativiser Stéphane Leoni, philosophe. Même si avec le départ de Muratovic, le Progrès perd une partie importante de sa colonne vertébrale. Alors, comment rester debout ?

« À eux de saisir leur chance »

L’entraîneur du Progrès pourra en tout cas compter sur le renfort des deux nouvelles recrues et sur les forces de l’équipe qui lui ont permis de faire cette impressionnante première partie de saison. « On a une bonne assise défensive, on sait bien jouer au ballon, on va continuer de percuter, prendre la profondeur. On est deuxième du championnat, on joue beaucoup mieux qu’il y a quelques mois, on est cohérents tactiquement. » 

Le portier de Niederkorn, Sébastien Flauss, n’est pas inquiet : « Cette saison, on se met un peu moins la pression, on joue plus libéré, on prend beaucoup de plaisir ensemble et cela fonctionne. Il faut que l’on continue sur cette voie. On a la chance d’avoir un groupe flexible, qui sait s’adapter. » 

C’est grâce à cette capacité de faire face positivement au changement que Stéphane Leoni voit un motif encourageant avant la reprise du championnat : « À mon arrivée, on tournait à 2,05 points par match, et sur la seconde partie de saison, malgré les départs, on a tourné à 2,13 points par match, ce qui est assez exceptionnel. Donc on espère faire aussi bien au cours de cette période qui va débuter. » Et pour garder la même exigence et un niveau similaire sur le terrain, l’ancien Messin sait comment mobiliser ses troupes et faire en sorte que chaque maillon se sente concerné : « Malgré les départs, je compte sur ceux qui ont moins joué en début de saison, c’est à eux de saisir leur chance. »

« J’ai envie d’être champion avec ce club »

Avec cet état d’esprit, cette mentalité singulière et les recettes efficaces de son entraîneur, le Progrès compte bien rester tout en haut du classement. Et jouer le titre jusqu’au bout ? « L’objectif, c’est de jouer l’Europe. Le titre, je ne suis pas sûr qu’on ait l’effectif pour. On n’a pas les moyens de Dudelange ou du Swift. Quand on voit ce qu’ils injectent, ce sont des clubs comme ça qui doivent être champions et survoler le championnat. » 

Son gardien de but, lui, se permet davantage de rêver : « Le titre, j’y pense chaque saison. Cela fait sept ans que je suis au Progrès et j’ai envie d’être champion avec ce club. Il faut évidemment rester réaliste, ne pas s’enflammer. On sait que ce sera long et difficile. »

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