De Vianden à Rcohefort, la chasse aux records de Dizzy

Après la centrale hydroélectrique de Vianden en juillet 2020, c’est à Rochefort, en Belgique, que Ralph Diseviscourt est reparti en selle pour un nouveau défi de 24h lors du week-end du 15 août. Si l’objectif initial d’atteindre les 1.000 kilomètres n’a pu être atteint, Ralph a tout de même fait tomber deux records.

 

Parfois, les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Et certains éléments ne sont pas maîtrisables à 100%. À commencer par la météo qui, lors des violentes intempéries qui ont frappé la Belgique, mais aussi le Luxembourg et l’Allemagne, le 15 juillet dernier, n’a pas épargné non plus le vélodrome de Rochefort, à quelques jours d’une nouvelle tentative de record du monde de Ralph Diseviscourt. Un véritable torrent de boue a tout englouti, dépassant même le dessus des virages inclinés du vélodrome. Ce n’est qu’une fois que la Lhomme a retrouvé son lit qu’un grand ménage a pu être effectué par les responsables du site. 

C’est donc au week-end du 15 août que Ralph Diseviscourt a dû reporter sa tentative. Mais là aussi, notre ultracycliste a connu quelques malchances, comme il nous l’a expliqué : «En fait, on avait un système pour compter les tours, avec un chip. Et on a eu du mal à mettre tout cela en place. Sans le vélo, cela fonctionnait bien, et une fois mis sur le vélo, le signal ne passait plus. On a dû bricoler presque deux heures. En fin de compte, on a trouvé la solution. Et puis, pendant la tentative, on a aussi eu une panne de courant ! C’était le dimanche matin, il y a eu une panne générale d’électricité dans toute la région. Heureusement, le chip fonctionne également sur pile, cela continuait à tourner. Le live tracking ne marchait pas non plus, on voulait mettre les temps en live sur un site internet, mais on a eu des petits problèmes également à ce niveau. Heureusement que la panne de courant est arrivée le matin en tout cas, car la nuit, cela aurait pu être plus grave.»

Un départ plus prudent

Entre ses exploits de Vianden et ceux de Rochefort, Ralph Diseviscourt a changé d’approche, et notamment dans la manière de gérer ses efforts durant le double tour d’horloge : «On a adopté une tactique différente de celle de 2020 à Vianden, c’est-à-dire de partir moins vite, et d’avoir un rythme plus régulier tout au long des 24h. Ce qui a très bien fonctionné. Ce sont les points positifs à retenir de ce week-end. Il n’y a pas eu de grosses défaillances. L’année dernière, j’avais démarré très, très vite. Arrivé au 500e kilomètre, j’avais 15 minutes de retard sur mes temps de référence établis l’année dernière. On est partis de manière plus prudente, cela nous a permis de garder un bon rythme, c’est pour cela qu’on a réussi à faire mieux en termes de distance totale.» 

Malheureusement pour Dizzy, ce changement de stratégie n’a pas porté ses fruits au niveau de l’objectif initial : «Mon idée de départ était d’essayer d’atteindre les 1.000 kilomètres. Mais bon, j’ai rapidement vu que ce ne serait pas pour ce week-end. Comment dire… Les jambes n’étaient pas forcément comme je m’y attendais. On a fait de notre mieux, on a quand même pu améliorer deux records du monde. »En l’occurrence, il bat donc son record de Vianden de 12 kilomètres en le portant de 915 à 927km, et il a fait également tomber celui des 500 miles, avec un temps de 20 heures 41 minutes et 12 secondes, alors que le précédent record était de 21 heures, 1 minute et 44 secondes. 

Ralph Diseviscourt : « Avec de l’entraînement et de la motivation, rien n’est impossible »

À 45 ans, Ralph Diseviscourt continue d’impressionner par ses performances réalisées à vélo. L’ultra cycliste le plus célèbre du pays ne compte pas s’arrêter là, et a encore des objectifs dans sa ligne de mire. 

Ralph, cela fait désormais dix ans que l’ultra cyclisme est devenu une passion chez vous, comment tout cela a démarré?

A l’époque j’en avais un peu marre, entre guillemets, du milieu amateur et des courses classiques. J’avais fait un peu le tour de ces épreuves là, et j’avais atteint un peu tous les objectifs que je m’étais fixé dans ce domaine. Et je ne voyais pas comment je pouvais m’améliorer, ou évoluer. Comme j’ai toujours eu une préférence pour les efforts solitaires et sur de longues distances, j’ai trouvé cela par hasard avec le Tour du Mont-Blanc en 2011, et c’est là où tout a commencé en fait. À partir de là, j’y ai pris goût, et puis les résultats étaient présents dès le départ, ce qui m’a motivé à continuer. Ce n’est pas au bout de quelques mois qu’on se lance dans une épreuve de 5000km, le processus prend des années avant de gagner en confiance. Physiquement, cela prend du temps aussi, on augmente le volume d’entraînement au fur et à mesure, et on gagne en confiance pour affronter ces épreuves de la meilleure façon, que ce soit au niveau mental aussi. 

Lorsque l’aventure de l’ultra cyclisme a démarré en 2011, vous attendiez-vous à connaître autant de succès? 

Pas du tout (rires)! Pour être honnête je n’y aurais jamais pensé. Être détenteur de records du monde, même dans mes rêves les plus fous je n’osais l’imaginer. 

Le défi le plus fou, le plus marquant, que vous ayez accompli jusqu’ici, cela reste la Race Accros America? 

Jusqu’à présent je dirais que oui. Maintenant avec la Trans-Siberian, si jamais cela se réalise, ce sera encore un cran au-dessus. C’est un peu un autre format, cela se fait par étape, avec des temps de repos prévus. Cela se déroule sur trois semaines, et c’est pratiquement une course ultra par jour pendant trois semaines. Avec des étapes qui vont jusque 1300, 1400 kilomètres, donc je pense que ce sera vraiment très costaud, et peut-être encore plus dur physiquement que la traversée des Etats-Unis. Je suis qualifié pour y participer, et normalement si la course a lieu en 2022 je serai au départ. 

Est-ce qu’on peut ressentir une forme de solitude assis durant de longues heures seul sur son vélo, qu’est-ce que l’on ressent?

Avec le format de course tel que je le pratique, c’est à dire en compagnie d’une équipe d’assistance, je suis quand même entouré d’une équipe qui prend soin de moi. Sur le vélo certes des fois on se sent seul, mais on est bien pris en charge. Mais sur les épreuves sans assistance, j’imagine que là c’est tout à fait différent. Où en effet on peut se retrouver seul pendant des heures, voire des jours, et où l’on ne croise personne. Et la il faut se débrouiller soi-même, personne ne peut t’aider. 

Comment cette équipe de fidèle autour de vous, la fameuse « Team Dizzy » s’est-elle constituée? 

Disons que le noyau s’est agrandi au fil des années. Ce sont des personnes qui en fonction de leur disponibilité m’accompagnent sur les courses. Il y a mon frère, évidemment, qui m’aide beaucoup aussi dans l’aspect organisation et logistique etc… Et aussi pour le côté média. Ce sont aussi des amis, des connaissances, et quand les gens m’accompagnent une fois, ils deviennent un peu accro aussi. Rares sont ceux qui se retirent après avoir participé une fois. 

Justement est-ce que quelque part, au vu de la répétition des efforts, n’y a t-il pas une forme d’addiction au sport que vous pratiquez? 

Certains parlent de drogue, je pense que l’on n’en est pas très loin, rien qu’au vu de l’entraînement quotidien. C’est sûr que les jours où je ne fais pas de vélo, c’est un drôle de sentiment et ça fait bizarre. Il faut vraiment parfois que je me force pour faire des jours de repos, afin de pouvoir recharger les batteries. J’ai plus de mal à faire des jours de repos que de me motiver à aller m’entraîner… Mais je pense que c’est comme cela dans tout les sports, en course à pied c’est pareil. Si on parle aux gens qui font de l’ultra trail c’est un peu le même son de cloche je dirais. Les gens ont du mal à lâcher prise, d’un côté il faut faire les entraînements nécessaires afin de pouvoir participer à des épreuves pareilles. De l’autre est-ce que l’on à pas tendance parfois à exagérer? Peut-être bien. 

L’ultra cyclisme est une discipline en vogue, quels conseils vous donneriez à un cycliste qui veut franchir le pas?

Il faut procéder par étapes. On ne peut pas commencer avec la RAM dès le départ! Il faut accumuler les kilomètres, faire ses expériences, dans des épreuves de 300km pour commencer, et puis ensuite 500 ou 600 où l’on passe une nuit entière sur le vélo, ce qui est déjà une autre expérience. Et après on apprend à connaître son coeur, ses forces, ses faiblesses, et on sait quand on peut lever le pied, et quand il faut foncer. Ce sont des choses que chacun doit apprendre. Il faut aussi se dire que rien n’est impossible, avec un entraînement adéquat et de la motivation on peut arriver à faire des choses qu’on n’aurait jamais imaginé. Je dis toujours qu’il ne faut pas avoir peur, il faut avoir du respect. Chaque épreuve à ses difficultés. 

D’un point de vue technique, quelles sont les différences entre les deux vélos que vous avez utilisé lors de l’établissement des records du monde de Vianden en juillet 2020 et ceux de Rochefort en août 2021?

Il y a sept ans d’écart pratiquement entre les deux. Celui de Vianden, c’était quasiment mon tout premier vélo de contre-la-montre, que j’ai eu en 2014 en vue d’une participation à la RAM en 2015. L’année dernière c’était une idée un peu folle et spontanée, et je me suis lancé en me disant que je me sentais bien sur ce vélo, je ne voulais pas changer. Et il y a eu une belle performance à la fin. Cette année j’ai un peu plus planifié, et je me suis dit qu’il y avait moyen d’améliorer les choses, afin de gagner quelques watts, voire quelques kilomètres en distance comme le matériel a pas mal évolué. On sent une nette différence entre les deux c’est clair et net. Je dirais que d’un point de vue set-up, cette année-ci au niveau de la position sur le vélo, au niveau des vêtements utilisés, il y a eu un grand progrès par rapport à l’année dernière. En gros j’ai fait plus de kilomètres, j’ai roulé plus vite cette année, mais j’avais moins de puissance, mes watts étaient en moyenne nettement en-dessous de ce que je peux faire, et de ce que j’espérais, et de ce que j’ai fait en 2020.

Est-ce qu’il y a une explication à cela?

Un jour sans, comme disent les Français. Des choses comme cela, on n’y peut rien. On se prépare toute une année, mais ça, cela peut toujours arriver, on n’est jamais à l’abri. Évidemment en fin de compte avec tous les petits ajustements qu’on a fait, on a pu battre le record, mais point de vue physique j’étais mieux l’année dernière. 

Au niveau physique justement, vous avez désormais 45 ans, jusqu’ou vous voyez-vous aller?

En ultracyclisme il y a deux catégories, soit au-dessous ou au-dessus de 50 ans. Je serai en-dessous encore quelques années (rires). 

Votre principal concurrent dans l’établissement de ces records mondiaux se nomme Christoph Strasser, mais il faut rappeler que lui se consacre à 100% au vélo, alors que vous devez concilier la pratique de l’ultra cyclisme avec votre vie professionnelle? 

Oui Christoph a cet avantage de ne faire que ça, entre guillemet. Il a plus moyen de structurer ses entraînements, plus de temps pour la récupération. Avant sa tentative de record il a passé du temps dans un camp d’entraînement en altitude, et c’est le genre de facteur qui joue évidemment. Mon stage d’entraînement c’était deux jours dans les Vosges! Et cela s’est arrêté là. J’ai travaillé tout les jours avant le week-end à Rochefort, encore la veille le vendredi. Et après la tentative j’avais pris un jour de congé, mais c’était prévu que je retourne au bureau dès le lendemain. 

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