
Après seulement cinq journées, les principaux candidats aux places européennes, voire plus si affinités, ont déjà imposé un rythme effréné. Avec neuf points pris sur quinze, le champion en titre bissenois réalise un début de saison tout à fait convenable. Pourtant, le voilà déjà repoussé à six longueurs des deux équipes de tête que sont Strassen et Mondorf. Plus qu’une anomalie, le symbole d’une BGL Ligue qui semble, plus que jamais, être à deux vitesses.
Il n’y a pas encore le feu à la maison bissenoise. Neuf points après cinq journées, trois victoires pour deux défaites : pris isolément, le bilan du champion en titre n’a absolument rien d’infamant. À ce rythme-là, l’Atert terminerait la saison avec 54 unités, soit un total généralement suffisant pour se mêler sérieusement à la lutte pour l’Europe. Seulement voilà : cette année, avancer à une allure correcte pourrait ne pas suffire.
En s’inclinant dimanche sur la pelouse de Strassen (2-1), Bissen n’a pas seulement abandonné trois points chez un concurrent direct. Il a surtout vu les deux premières places s’éloigner un peu plus. Après cinq journées, l’UNA et Mondorf affichent quinze points sur quinze. Cinq matchs, cinq victoires : un sans-faute qui oblige déjà tous leurs poursuivants à regarder vers le haut.
Six points d’écart après seulement 450 minutes de championnat, cela ne condamne évidemment personne. La saison est encore longue et les dynamiques du mois d’août ne sont pas toujours celles de l’automne et du printemps. Mais le message envoyé est limpide : cette année, la moindre défaillance risque de coûter particulièrement cher, dans un championnat où les écarts entre les équipes de tête et les autres semble toujours aussi important.
La saison passée, Strassen avait déjà montré qu’il possédait les armes pour s’installer durablement parmi les poids lourds du championnat. Son début d’exercice ne fait que confirmer cette progression. Après avoir notamment fait tomber le Progrès au Jos Haupert, l’UNA s’est offert le champion national ce week-end. Même lorsque son invincibilité défensive a fini par tomber face à Bissen, l’essentiel, lui, a encore été préservé, à savoir les trois points.
Cinq succès consécutifs, une solidité impressionnante et la capacité à faire la différence dans les affiches de haut de tableau du championnat : Strassen ne ressemble plus à un sympathique outsider venu perturber ponctuellement la hiérarchie. L’équipe du coach Deichelbohrer se comporte désormais comme un candidat pleinement assumé aux premières places, voire à davantage, comme le confiait également son capitaine Nico Perez dans nos colonnes il y a encore quelques jours.
À ses côtés, Mondorf réalise un départ tout aussi saisissant. Les hommes de la cité thermale ont pourtant déjà croisé Differdange et le Progrès, deux adversaires annoncés comme de sérieux prétendants à l’Europe, sans oublier Dudelange, la Jeunesse et un déplacement à Rosport. Un calendrier relevé qui ne les a pas empêchés de faire le plein et de rester accrochés à l’UNA. Là encore, Mondorf prend des points dans les confrontations directes et s’installe, semaine après semaine, dans une position que personne ne peut désormais considérer comme accidentelle.
Derrière, Differdange a parfaitement réagi à sa défaite inaugurale justement sur la pelouse mondorfoise. Le FCD03 vient d’enchaîner quatre victoires, dont un succès très convaincant face au Racing et un autre, maîtrisé, à Hostert. Avec douze unités, le club de la Cité du Fer reste au contact des deux leaders et avance lui aussi à une cadence de prétendant au titre.
C’est précisément ce rendement presque parfait des équipes de tête qui rend la situation de Bissen aussi paradoxale. Avec trois victoires en cinq journées, le champion sortant aurait pu espérer traverser le mois d’août installé dans le peloton de tête, sans que son début de saison soit parfait. Mais il se retrouve pourtant déjà à six points des deux premières places et devancé par Differdange de trois unités, sans oublié le Racing qui s’est également intercalé.
Ses deux défaites ne sont d’ailleurs pas intervenues contre des adversaires quelconques, mais face à Mondorf et Strassen. Elles ne disent donc pas que Bissen est devenu une équipe moyenne. Elles montrent plutôt qu’au sein du nouveau rapport de force qui se dessine, les confrontations directes pourraient peser extrêmement lourd dans la lutte finale pour le titre.
Le même constat vaut pour le Progrès. Le club du président Gilgemann avait démarré par trois succès consécutifs avant de chuter face à Strassen, puis à Mondorf. Là encore, neuf points sur quinze constituent un bilan loin d’être catastrophique. Mais deux revers contre des concurrents directs ont suffi pour faire passer le club à l’abeille d’un départ presque idéal à une position déjà inconfortable dans l’hypothétique idée d’une lutte pour l’Europe.
Le Racing, malgré son accroc face à Rosport et sa lourde défaite à Differdange, reste lui aussi dans cette première partie de tableau grâce à son bon démarrage. Autrement dit, aucune des formations ambitieuses n’est complètement larguée. Strassen et Mondorf ont simplement pris une première longueur d’avance du fait d’un départ parfait, Differdange les talonnant, tandis que le Racing, Bissen et le Progrès forment déjà un groupe de chasse particulièrement dense.
Et encore, cette liste ne tient même pas pleinement compte du F91. Très mal embarqué après un début de saison catastrophique, Dudelange conserve un effectif et un statut qui lui interdisent théoriquement de renoncer aussi tôt. Mais au rythme où avancent les équipes de tête, le club dudelangeois pourrait avoir creusé un retard considérable avant même d’avoir retrouvé ses esprits.
C’est peut-être la principale leçon de ces cinq premières journées. En haut, les prétendants accumulent les points à une cadence rarement soutenable. En dessous, plusieurs équipes engagées dans une autre lutte se retrouvent déjà décrochées. Et le fossé sportif et comptable entre les formations capables de viser l’Europe et le reste du championnat pourrait ainsi se creuser beaucoup plus rapidement que prévu, un peu à l’image de la saison passée.
La différence ne se situe pas seulement dans la qualité des effectifs. Elle réside aussi dans la régularité. Les meilleures équipes peuvent connaître un mauvais match, mais elles semblent désormais disposer de suffisamment de profondeur, de puissance offensive et d’expérience pour battre presque systématiquement les adversaires moins armés. Les points perdus face aux formations de seconde partie de tableau deviennent rares. Dès lors, les confrontations entre candidats directs prennent une importance toute particulière.
Dans une BGL Ligue aussi polarisée, il ne suffira peut-être plus d’être régulier pour décrocher l’Europe. Il faudra être presque irréprochable contre les équipes supposées inférieures et parvenir, en plus, à gagner une bonne partie des chocs du haut de tableau. Bissen et le Progrès viennent d’en faire l’expérience : trois victoires en cinq rencontres ne constituent pas un mauvais départ, mais lorsque les autres ne laissent rien en route, un bilan honorable peut rapidement donner l’impression d’un retard à l’allumage.
Il reste 25 journées et les séries actuelles finiront forcément par s’interrompre. Strassen et Mondorf laisseront des points en route, Differdange connaîtra d’autres turbulences et les poursuivants auront largement le temps de revenir. Mais cette entame a déjà fixé les règles du jeu : personne n’attendra personne.
Cette année, la lutte pour le titre et l’Europe ne promet pas seulement d’être serrée. Elle sera sans merci.