Coachs sportifs, le jour d’après

Nous sommes en mars 2020 quand la crise sanitaire fait son apparition au Luxembourg et dans les contrées voisines et stoppe quasiment tout : activités professionnelles, loisirs… C’est presque comme si le temps s’arrêtait. Si certaines professions sont essentielles, que ce soit dans le milieu médical ou alimentaire, par exemple, il paraissait évident que les professions en lien avec le sport se voient être restreintes elles-aussi, malgré la liaison étroite du domaine avec la santé. Dès lors, les coachs sportifs, pas en mesure de recevoir leurs clients au sein de leurs salles, ont tenté de faire face tant bien que mal à une situation inédite. Certains se sont adaptés, réinventés et diversifiés, pour garder le cap et ressortir plus fort d’une crise dont on ne voit pas encore complètement l’issue. À travers les témoignages de Geoffrey Beutin et Stéphane Fangille, nous avons vu comment les coachs sportifs qui officient au Grand-Duché se sont relevés.

Le coaching par visio, c’est quitte ou double

Geoffrey Beutin, coach sportif Fit Concept, a vu la situation comme un challenge. « On dit souvent ‘’crisis is an opportunity’’, soit tu te laisses couler, soit tu utilises cela comme un opportunité pour créer autre chose et trouver un second souffle. Si tu vas à la guerre avec un seul plan, tu ne peux pas la gagner ». Et c’est ainsi qu’il a trouvé un autre plan : le coaching par visioconférence. « On était seulement orientés vers le coaching réel et les interventions en entreprise, et suite à ça on a mis en place des sessions par visioconférence, que ce soit pour nos clients en privé ou pour des entreprises ». 

Stéphane Fangille, coach sportif et fondateur de MyTrainer & Me, a lui fait de même : « Au début, quand on nous a dit ‘’il faut fermer’’ et qu’on s’est retrouvés à la maison, on a un peu été pris sur le fait. Mais on a vite retourné la situation en utilisant la vidéo pour pouvoir continuer avec les gens qui étaient partants ». Et des gens d’accords, il n’y en avait pas forcément tant que cela. « La sensibilité n’est pas la même via vidéo qu’en réel. Certains ont dit ‘’ça ne m’intéresse pas, je n’ai pas envie de continuer’’, ceux-là ont carrément arrêté. On a pu continuer avec un tiers des clients en vidéo pour continuer à rentrer un peu d’argent. Heureusement que derrière, l’État était là pour nous sauver ». 

« On a vite retourné la situation en utilisant la vidéo pour pouvoir continuer avec les gens qui étaient partants », Stéphane Fangille

Une situation difficile donc, mais heureusement pas autant que pour les salles de sport. « Étant donné que nous ne sommes pas considéré comme une salle de fitness, on a pu réouvrir plus tôt que celles-ci » tempère Geoffrey Beutin. Et lors de cette première réouverture, il précise « on n’avait jamais deux coachs avec deux clients en même temps. On adaptait nos horaires pour qu’il y ait le moins d’interaction possible. Pour qu’ils puissent souffler, enlever le masque et bien respirer, on prenait des distances plus importantes. Mais de façon globale, nos clients n’étaient pas très chauds au départ. Avec les gestes barrières, le vaccin, ils sont peu à peu revenus ». Stéphane Fangille a lui vu ses clients réellement revenir « à partir de janvier 2021, lors de la deuxième réouverture. On a retrouvé des gens plus motivés à revenir s’entrainer au studio avec le Covid Check qui apportait entre guillemets une légère sécurité, car on n’est évidemment jamais à l’abri ».

Une adaptation à la situation trouvée grâce au coaching via la vidéo qui n’a donc pas fait des heureux partout mais qui en a converti certains, au point de l’inclure au sein des offres proposées aux clients : « On a introduit la vidéo à nos propositions. Il y a des clients qui ont apprécié ce coaching par vidéo et qui ont préféré procéder tout le temps via cette méthode parce qu’ils perdaient du temps pour venir à la salle par exemple… Il y a une habitude qui a été prise avec le télétravail, et cette habitude a été déportée vers le sport pour certains. Ils peuvent continuer à avoir une activité physique et un suivi même s’ils ont moins de disponibilités. Aujourd’hui, si on rassemble tous nos coachs, on a encore une dizaine d’heure de vidéo chaque semaine ».

« On adaptait nos horaires pour avoir le moins d’interactions possible. Mais de façon globale, les clients n’étaient pas très chaud pour revenir au départ », Geoffrey Beutin

Grâce au coaching par visioconférence qu’il continue aussi aujourd’hui, Geoffrey Beutin avoue avoir réussi à « développer une clientèle qui n’est pas forcément très locale. On a pu toucher d’autres personnes qu’on n’aurait pas pu avoir sans la vidéo ». Continuer pour satisfaire une clientèle moins locale, mais aussi car « on n’a pas encore trop de vision sur la sortie du Covid-19. Pour les entreprises qui font appel à nous, c’est compliqué de tout relancer, ça se fait avec des pincettes, step by step, donc on continue de faire des séances par vidéo ».

Pour les coachs, il y a évidemment certains avantages… mais aussi des inconvénients auxquels on ne pense pas forcément au premier abord. « L’avantage, c’est qu’on peut aligner les clients à la suite. Si on veut en faire dix dans la journée, on a juste à se connecter. L’un des inconvénients est financier, parce qu’on facture moins. Une heure en vidéo est logiquement un peu moins chère qu’une heure normal étant donné que la personne n’est pas sur place et que ce n’est pas le même service. »admet Stéphane Fangille. « On est donc moins proche du client, et même si on peut régler et corriger certaines choses en les voyant à l’écran, on ne voit pas tout. La relation sociale n’est pas la même. Et puis, il y a des gens qui utilisent leur téléphone, d’autres leur ordinateur et parfois il y a une mauvaise connexion, donc s’il y a des coupures, il faut se reconnecter, il y a un manque de concentration, il faut revenir dans le cours… Il n’y a pas la continuité qu’on retrouverait dans un cours normal. Ça reste donc un désavantage car les gens peuvent abandonner plus facilement à cause de ça ». 

Une mentalité qui a changé ?

Des gens qui abandonnaient, Stéphane Fangille en a vu beaucoup entre le début de la crise sanitaire, en mars 2020, et aujourd’hui. « Il y a certains clients qu’on a perdu durant le Covid-19 qu’on a essayé de recontacter, mais on n’a jamais eu de nouvelles. Et c’était des gens qui venaient trois fois par semaine ! ». Mais plus globalement, c’est toute une mentalité qu’il considère avoir vu changer. « Après seize ans dans ce milieu, je remarque que la mentalité a soudainement changé chez les gens, avec le Covid. Avant, ils avaient du mal à annuler un cours. Là, il y a une facilité à dire ‘’je ne vais pas au sport, je fais autre chose’’. Les gens annulaient beaucoup moins que ces derniers temps. Aujourd’hui, ils pensent différemment, annulent plus facilement leurs séances de coaching, même si ça leur fait perdre de l’argent en cas d’annulation moins de 24 heures avant. On pourrait se dire que le sport est primordial en ces temps, mais c’est une tendance que j’ai ressenti ces derniers mois ».

« Aujourd’hui, les gens pensent différemment et annulent plus facilement leurs séances de coaching, quitte à payer » Stéphane Fangille

Une tendance un peu partagée par Geoffrey Beutin, qui admet que « certaines personnes se sont conscientisées au sport, mais ça n’a pas non plus été des masses. Ça n’a pas été leur priorité. La première chose qu’elles faisaient, c’était de partir en vacances par exemple ! Mais notre accompagnement étant orienté sur l’amélioration du mode de vie des gens, on a profité de cette période pour continuer notre formation et notre développement sur la nutrition, toujours dans l’optique de se sentir mieux ».

De manière générale, les coachs sportifs ont réussi à retrouver la majorité de leur clientèle. « Aujourd’hui, on est à 90% de ce qu’on faisait avant, parce qu’on travaille encore dans des entreprises et certaines d’entre elles n’ont pas encore réouvert » nous dit Stéphane Fangille. Geoffrey Beutin, lui, admet que « le Covid nous a handicapé, mais on n’est pas une salle de sport où l’on vie de la masse, d’un énorme public. On est dans le suivi, l’accompagnement, donc les gens sont revenus pour retrouver tout un mode de vie ».

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