L’analyse tactique de F91-Progrès

La reprise 2022 de la BGL Ligue nous offrait déjà un choc entre le leader dudelangeois et son dauphin, le Progrès Niederkorn.

On aurait pu se dire que ce sommet de BGL Ligue aurait été sympa à voir en fin de saison, comme une finale du championnat. Mais très franchement, il est encore mieux d’assister à une telle rencontre, dès la reprise, entre deux équipes, sortant de leur prépa hivernale respective, avec des effectifs (de qualité) quasi-complets et physiquement prêts pour attaquer fort.

Déjà, en Août 2021, le match aller nous avait offert du spectacle et de l’intensité et, Samedi, on a eu droit à encore mieux : des titulaires et des remplaçants au niveau du rendez-vous, deux coachs tactiquement au point. Si l’on se remémore l’opposition entre les deux clubs en début de saison, également analysée sur Mental.lu, on se souviendra d’un F91 un peu moins fort que le Progrès, mais terriblement efficace tactiquement et devant le but.

Les joueurs du coach Fangueiro s’étaient nourris d’une première mi-temps ratée de leurs adversaires, aussi bien tactiquement que dans l’agressivité défensive, avant de souffrir et d’encaisser deux buts lorsque le Progrès s’était réveillé.

Samedi, on a pu voir que la leçon avait bien été retenu par le coach Léoni qui a fait en sorte que le scénario ne se répète pas.

Ce sera le 1er point de cette analyse.

Nous verrons ensuite le changement tactique payant de Carlos Fangueiro et enfin la clé tactique du Progrès qui a permis d’utiliser le point faible du système de jeu du F91 et de remporter ce match.

Le Progrès à quasiment eu 80% de temps forts pendant ce match, mais a été d’une inefficacité offensive qui l’a mis en difficulté.

Il a failli être battu par un Dudelange dont la marque de fabrique est justement de punir la moindre erreur de l’adversaire.

Pourquoi peut-t-on dire que le Progrès Niederkorn a retenu la leçon du match aller ?

Tout comme au mois d’Août face au F91, le coach Léoni proposait un système de jeu en 4-3-3 avec un milieu pointe basse.

Deux choses avaient mis en difficulté le bloc défensif de ses joueurs :

– Une hauteur de bloc inadaptée et un pressing défaillant laissant trop de libertés aux relanceurs dudelangeois

– La gestion des déplacements de Sinani qui, trop libre, avait fait la musique pendant toute une mi-temps avec un but et une passe décisive

On a clairement pu constater que les leçons avaient été tirées par le staff technique du Progrès puisque, d’entrée de jeu, on observait un pressing haut et positivement agressif sur le porteur du ballon.

Ce pressing mettait systématiquement en difficulté des Dudelangeois obligés de limiter leurs touches de balle pour éviter de se faire emplâtrer par un adversaire.

Moins de touches de balle = plus de prise de risques et donc plus de récupérations hautes pour les joueurs du Progrès.

Aussi, on a pu voir que le plan de jeu de Léoni était de faire disparaitre l’influence sur le jeu des 3 milieux centraux adverses.

Ces 3 joueurs étant les clés essentielles des attaques placées du F91 :

– Bijelic et Vogel harcelaient Morren et Dos Santos Da Cruz, les habituels premiers relanceurs dudelangeois

– Lamine Ba était en marquage individuel strict sur Sinani

Ce plan de jeu a clairement empêché les Dudelangeois de bien utiliser l’axe du terrain dans leurs circuits offensifs.

La stratégie de Stéphane Léoni fonctionnait en deux étapes :

– Présenter un bloc défensif en place qui oblige l’adversaire à jouer long ou à effectuer une passe vers l’arrière

– Déclencher le pressing si, et seulement si, l’adversaire effectue une passe vers l’arrière

Ce plan de jeu défensif, appliqué par 11 joueurs concernés et agressifs, a favorisé de nombreuses récupérations de balles et surtout à permis au Progrès de poser sa patte sur le match.

Les Jaunes et Noirs ont été en temps fort pendant presque 40 minutes.

Comme évoqué dans l’introduction, les joueurs de Léoni ont dominé leur adversaire mais ont joué avec le feu du fait de leur inefficacité chronique dans l’avant-dernière et la dernière passe.

Ils se sont même un peu brûlé les doigts avant de retrouver une efficacité offensive qui leur aura évité une frustration qui, à coup sûr, aurait fait quelques dégâts dans les têtes.

Comment a réagi, tactiquement, Carlos Fangueiro pour contrer la stratégie de Stéphane Léoni ?

Comme évoqué plus haut, le 5-2-3 habituel du F91 a été mis en difficulté, pendant les 45 premières minutes, par le plan de jeu de Stéphane Léoni.

L’influence des joueurs clés, dans les circuits de jeu offensifs, Morren, Dos Santos et Sinani, était éteinte.

Et, les latéraux Kirch et Van Der Kerkhof tombaient sur de sacrés clients qu’étaient Bonhert et Karayer.

Un adversaire dans un grand jour et des Dudelangeois que l’on a senti moins bien dans leurs crampons et dans leur tête.

Des déficits techniques, et dans l’agressivité, qui n’ont pas aidé à faire des différences qui auraient peut-être permis de sortir un peu plus souvent la tête de l’eau en 1ère période.

A la mi-temps, le coach Fangueiro a donc décidé de changer son système de jeu en remplaçant un défenseur central, Joscelino Silva, par un milieu de terrain, Bojic.

Le F91 passait donc en 4-4-2 avec un milieu en losange.

L’objectif était de passer en supériorité numérique dans le milieu de terrain avec 4 joueurs face aux 3 milieux adverses.

Un « +1 » qui permettait enfin d’avoir un joueur automatiquement libre et donc dispo pour recevoir une relance de ses défenseurs et faire le lien vers ses attaquants.

Un joueur libre obligeant un joueur du Progrès à sortir de sa zone pour presser et, donc, démarquer un autre Dudelangeois.

Le F91 créait enfin des décalages dans le bloc défensif Jaune et Noir.

Face à des joueurs du Progrès, ayant du mal à se remettre dans leur match, les Dudelangeois ont mis 5 petites minutes à bonifier le choix tactique de leur entraineur.

On relèvera que le passeur décisif sur l’ouverture du score dudelangeoise est Dejvid Sinani, qui se sera extirpé du marquage de Lamine Ba pratiquement pour la 1ère fois du match. (1-0, Bettaieb, 50ème)

Progrès Niederkorn : La solution face à un milieu en losange ? L’utilisation des côtés

Effectivement, face ce type de milieu à 4, très dense dans l’axe, la solution idéale est d’amener le jeu sur un côté du terrain afin d’étirer le losange, le bloc adverse et donc créer des espaces entre les lignes.

C’est ce que le Progrès a fait et c’est de cette manière qu’il a repris la main sur le match.

A la 63ème minute, Stéphane Léoni a procédé à deux changements et a changé son système de jeu pour passer en 4-4-2, avec notamment le remplacement du milieu Bijelic par l’attaquant Azong.

En phase offensive, le Progrès évoluait même en 4-2-4,

La défense dudelangeoise était donc en 1 contre 1 à chaque fois et avaient constamment besoin du soutien défensif de leurs milieux de terrain.

Le plan de jeu de Léoni fonctionnait puisque son équipe rentrait dans son temps fort aux alentours de la 70ème minute, et ce, jusqu’à la fin du match.

La question qui se posait était donc : Le Progrès amènera-t-il enfin ses actions jusqu’au bout ?

La réponse est « OUI » puisque les Jaunes et Noirs égaliseront sur un énième corner obtenu (1-1, Peugnet, 82ème) et obtiendra la victoire sur un centre de Klapp, une remise de Pomponi et un but d’Azong (1-2, 89ème)

Plus que le manque d’agressivité défensif très inhabituel du F91, on préfèrera relever la plus-value de Peugnet et surtout le but de la victoire concernant 3 remplaçants qui ont donc su se mettre à la hauteur des la performance de leurs collègues titulaires.

C’est assez rare pour être signalé. Un banc de qualité et surtout concerné est souvent une des clés d’un club jouant le titre. Un trait commun au F91 et au Progrès d’ailleurs…

 

Thomas Fullenwarth

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