Affaire Pierre Ménès : Éternel recommencement…

Secoué par des révelations d’agressions sexuelles, le chroniqueur de football Pierre Ménès est dans la tourmente. Au-delà de ces actions abjectes, un sentiment de lassitude revient, à l’idée de voir, encore une fois, la même histoire immonde revenir à nous.

Bonjour hypocrisie. Hier soir, le documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » réalisé par Marie Portolano, et qui traite du sexisme et le harcèlement dans le monde du sport, a été diffusé sur la chaine phare Canal +. Nourrie exclusivement de témoignages de femmes ayant travaillé (ou travaillant toujours) sur la chaîne cryptée, l’oeuvre avait pour but de sensibiliser sur les difficultés que peuvent subir les membres féminines dans le monde du ballon rond. Une approche louable de la part de la chaîne historique dans une période où les voix se délient pour mettre en lumière les difficultés rencontrés par les femmes dans le monde du travail.

Le problème, c’est que le jour même, le site internet lesjours.fr révélait que le documentaire avait été amputé d’une scène clé : l’interview de Pierre Ménès, chroniqueur phare de Canal+. Une censure mise en place par la direction des antennes de la chaîne, inquiète de voir un de ses contributeurs les plus emblématiques être mis à mal. En effet, comme le confirme plusieurs médias, témoignages et anciennes vidéos, le chroniqueur a par le passé démontré un comportement absolument grossier et abject envers certains de ses collègues de sexe opposé, et ce en plein direct. Deux vidéos, largement relayées sur les réseaux sociaux depuis hier, le montrent en train d’embrasser de force deux de ses collègues. Si le traumatisme de ces incidents demeure présent chez ses victimes, à l’image d’Isabelle Moreau, en larmes encore aujourd’hui lorsqu’il lui est demandé d’évoquer ce moment, le pire est à venir. En effet, en 2016, lors d’un passage du Canal Football Club non diffusé mais avec public, Pierre Ménés aurait soulevé la jupe de Marie Portolano devant tout le monde, avant de lui pincer les fesses. Si la journaliste aurait répondu en lui assénant une énorme claque, il n’y aura eu aucune réelle suite à ce qui ne peut être défini autrement que comme une agression sexuelle, la direction du groupe ayant à cette époque dissuadé la journaliste de porter plainte. Une attitude qui rappelle sans difficulté ces dernières années de révélations de harcèlement sexuel de la part de stars intouchables, du secret de polichinelle qui entourait tout cela, et de la protection offerte à ces hommes de pouvoirs par les dirigeants.

Marie Portolano elle, avait décidé d’aller au bout de cette affaire. Dans la séquence coupée, la journaliste confronte son agresseur, qui, après avoir nié se souvenir de cet incident (après tout, qui se souvient du jour où on a soulevé la jupe d’une collègue avant de recevoir une énorme tarte ?), finit par dire que ce n’était rien d’autre que de l’humour et que notre époque politiquement correct va trop loin. Une défense surréaliste qui explique parfaitement l’embarras de la chaine. Ce qui ne s’explique pas en revanche, c’est que cet immonde personnage demeure, au fil des années, en tête de gondole de toutes les émissions de football de Canal +. Il demeure toujours une pointe d’incrédulité lorsque des évènements se répètent, encore et encore, avec la même absence de morale, d’éthique ou de remise en question. Il est même fort certain que le chroniqueur ne se rende sincèrement pas compte de la gravité de ces faits et gestes, bercé par les rires et soutiens de ces collègues et patrons.

Un jour sans fin

Au-delà de la nouvelle preuve que l’effet Streisand est toujours aussi dévastateur, cette affaire contribue encore à mettre à mal l’image du groupe privée. Il y a quelques mois, un de ses humoristes, Sebastien Thoen était licencié pour une parodie d’un autre membre de la chaîne Pascal Praud. Une sanction jugée extrêmement sévère, y compris par Stephane Guy, commentateur historique qui s’était fendu d’un léger hommage en direct à son collègue viré, terminant son monologue de soutien par « Il faut se méfier des comiques, parce que quelques fois, ils disent des choses pour plaisanter ». Ni une ni deux, Stephane Guy était lui aussi licencié par le président Bolloré. Un nouveau renvoi qui avait fait lever au sein des employés un sentiment de mutinerie, dans une ambiance de travail qualifié de terrorisante.

Pierre Ménès est attendu ce soir sur un plateau télévisé pour donner sa version des faits. Au vu de la déferlante médiatique, il parait difficile de voir aujourd’hui Canal + le conserver. Néanmoins, encore une fois, ce choix, qui aurait du être dicté par le courage et l’éthique, le sera par la révélation au grand jour et l’absence d’alternatives. Si le départ de cet homme est une bonne chose, et fait miroiter l’espoir d’un réel changement, il serait temps, enfin, que les actes et gestes d’une personne, indépendamment de son statut, aient de réelles conséquences. Le changement doit impérativement être fait, non pas sous la pression populaire, non pas sous la demande d’actionnaires inquiets, mais tout simplement sur des valeurs, qui existent, qui sont réelles, de bien et de mal, de conduites acceptables ou répréhensibles. Bref, de valeurs humaines.

 

Tendai Michot

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