Marie Schiltz, en voiture pour les championnats du monde

Un matin de février, aux confins du Luxembourg, à quelques kilomètres de la frontière allemande, fief de la famille Schiltz. Ici, l’attelage est une histoire qui s’écrit et se poursuit en famille, de père en fille. Franz et Marie sont deux éléments clés de l’équipe grand-ducale à un cheval. Ils s’attelleront à mener la délégation luxembourgeoise le plus haut possible aux prochains championnats du monde d’attelage, du 25 au 28 août prochain, au Haras du Pin. Décryptage d’un équipage paré pour se distinguer.  

Trajectoire avec options 

Marie Schiltz était prédestinée à mettre le pied à l’étrier. À l’âge de cinq ans, elle débute sur un poney, puis commence à sauter. L’expérience ne sera que de courte durée, puisque c’est vers le dressage qu’elle souhaite s’orienter. La jeune amazone aurait pu s’en tenir à une discipline dans laquelle elle veut exceller, mais c’était sans compter sur sa curiosité. En 2012, elle commence à s’intéresser à l’attelage, accompagnée de son père Franz Schiltz, qui a lui-même connu le même double parcours et s’attache les services du coach allemand réputé Peter Tischer. 

À l’image des disciplines qu’elle a choisies, son parcours est rigoureux et pointilleux. La Luxembourgeoise arrive à mener un programme ambitieux. Entre reprises de dressage de niveau Saint-Georges et compétitions d’attelage, la progression se fait avec la même passion et les mêmes ambitions. Jusqu’à faire son apparition dans le cadre promotion du Comité olympique luxembourgeois, venu récompenser ses excellents résultats, et une troisième place au classement mondial des meneurs début 2022. 

Savant dosage de dressage et d’attelage

Marie suit une ascension au rythme de ses chevaux, qui l’accompagnent progressivement vers le haut niveau. Il y a d’abord Roxana, jument avec laquelle elle remporte son premier championnat en 2014. Puis Gilberto lui fait découvrir ses premiers concours internationaux, à Schildau. Jusqu’à son partenaire actuel, Frodo. Ce dernier, un hongre Oldenbourg de quatorze ans par Florestan, tient une place particulière dans la famille Schiltz. Arrivé à l’âge de cinq ans, il a été construit par son père jusqu’à le mener deux ans plus tard vers son premier sacre mondial en Hongrie. « On recherche avant tout un cheval équilibré, bien dans sa tête, qui a certaines qualités de dressage, car ça facilite son travail. Il doit aussi être volontaire pour avancer, avec un peu de sang, et il ne doit pas être craintif. C’est tout un travail d’éducation », explique Frantz. « Il faut déjà qu’il nous plaise dans ses mouvements. On a fait un tout premier test très banal pour voir si la confiance était là dans le cheval. Il y a du bruit derrière, il y en a qui ne supportent pas du tout, il se peut que le cheval essaie de prendre la fuite », complète sa maman.

Disciplinée 

« La première discipline est le dressage. C’est comme le dressage monté sauf que la carrière est beaucoup plus grande. Il s’agit de figures à réaliser avec un jury qui est là pour noter, avec des exercices adaptés pour la voiture. La deuxième, c’est le marathon, qui est un peu l’équivalent du cross en concours complet avec un parcours en terrain varié. Enfin, la troisième et dernière épreuve est la maniabilité, où le meneur doit guider son attelage entre des portes selon un ordre donné »,explique Franz Schiltz, le père de Marie, qui a aussi été président de la commission attelage à la Fédération luxembourgeoise des sports équestres.  

« Auparavant, on effectue le parcours à pied, c’est la reconnaissance. Je regarde quelle est la meilleure route à prendre, celle qui est la plus appropriée pour mon cheval et pour moi. S’il est capable de passer les courtes options, comment je peux galoper… C’est clair qu’un débutant ne prend pas les mêmes virages qu’un meneur plus expérimenté »,explique Marie. « Le jury doit s’assurer qu’on prend la bonne route, qu’on ne dépasse pas une lettre. » 

Qui dit trois disciplines dit préparation en adéquation. Élasticité, agilité, précision, propulsion, autant de qualités à associer pour être performant. À cela s’ajoute une dynamique qu’il est nécessaire d’entretenir pour les deux athlètes. « Rien que par la nature des trois disciplines qui composent l’attelage, l’entraînement doit être varié. En hiver, surtout pour un cheval qui est déjà à niveau, l’important est qu’il reste en forme et garde le moral. On lui donne un travail varié et avant la saison, l’intensité monte à nouveau. Il faut qu’il soit bien entraîné pour le cross aussi, car c’est éprouvant. En ce qui concerne la maniabilité, il faut entraîner la tête du meneur pour être le plus réactif possible », explique Franz. 

Le meneur, souvent assimilé au chef d’orchestre, n’est pas en reste. Il se doit de parfaire aussi quelques réglages. « C’est un jeu entre le meneur et le cheval. C’est un mélange de concentration, de réaction, il faut être fixé sur ce qu’on veut faire et ce qu’on veut obtenir du cheval »,insiste Marie. 

Des entraînements ponctués de rassemblements avec l’entraîneur fédéral qui supervise les séances de travail pendant deux jours, ou avec le troisième meneur, Nicolas Kandel, afin de « s’encourager mutuellement et de travailler quelques exercices de maniabilité et d’agilité pour les chevaux. »

Des aides précieuses

L’harmonie entre le meneur et son cheval est primordiale, et la communication passe par un savant mélange d’aides, justement et habilement dosées. 

« Nous communiquons avec le cheval principalement par les guides, comparables aux rênes qu’on tient en équitation classique montée. Puis avec le fouet, on remplace en quelque sorte légèrement les aides qu’on a avec les jambes. Enfin, il y a la communication par la voix. »

« Et contrairement au dressage monté, où il est interdit de parler au cheval, en attelage, c’est normal », complète son père en écho.   

Juste une mise au(x) point(s) 

« Le système de points est noté comme un dressage monté. C’est une note pour chaque exercice allant de 0 jusqu’à 10. Ensuite, les points sont ramenés à une cote par rapport à 160. C’est une résultante historique. Si vous faites un dressage à 48, cela veut dire qu’il vous manque 48 points pour arriver aux 160. C’est déjà un bon dressage. Et si vous en faites un à 42, il vous manque alors 42 sur les 160. À ce moment-là, on peut dire que vous êtes plutôt bien, parce que vous êtes à 80 %. » 

« Arriver en dessous des 40 est très difficile »,analyse Marie. « Ton meilleur dressage actuellement est 42 ou 43, mais Frodo est assez constant en dressage, normalement, il est entre 45 et 50 et il s’est encore un peu amélioré ces derniers temps »,enchérit son père, Franz. « Avec ce quota de points, on arrive sur l’épreuve du marathon, composé de six à huit obstacles fixes. Toute seconde qu’on passe dans l’obstacle entre la porte d’entrée et la porte de sortie est comptabilisée comme point de pénalité également. Les deux sont additionnés. Pour la troisième épreuve, la maniabilité, nous avons un parcours composé de cônes avec une balle dessus, et dix centimètres de chaque côté. Il y a un temps limite à respecter. Si on renverse une balle, on a des points de pénalité, tout comme si on dépasse le temps alloué. Celui qui a le moins de points de pénalité gagne. » 

L’impulsion des compétitions comme préparation 

« Le premier événement est à Sélestat en Alsace, fin avril. Et ça continue au rythme d’une compétition par mois jusqu’aux Championnats du monde fin août au Haras du Pin. » 

Le Versailles du Cheval réussit plutôt bien à la jeune meneuse, qui a sans doute remporté sa plus belle victoire dans les installations normandes en 2021, lors du CAI du Pin 3*. Marie s’était offert le luxe de devancer Rudolf Pestman, un Néerlandais confirmé, et une concurrente de taille, Marion Vignaud, actuelle numéro un mondiale. 

Le Grand-Duché a une carte à jouer

L’équipe luxembourgeoise se connaît, est habituée à se retrouver pour s’entraîner et est parfaitement rodée. « Nous sommes trois à évoluer maintenant à haut niveau, les mêmes qui composaient l’équipe lors des derniers Championnats du monde : mon père, Nicolas Kandel qui a quatre ans de plus que moi, avec qui j’ai commencé la discipline, les premiers championnats et ai gravi les échelons –, et moi »,se réjouit Marie.

« On a actuellement une équipe bien composée en attelage solo. Une équipe complète dans un championnat, ce sont trois meneurs. Et seuls les deux meilleurs résultats comptent dans chaque épreuve. Il y a deux ans, on avait terminé cinquième aux Championnats du monde dans le classement par nations et deuxième aux quatre étoiles de Pau, le CAIO4* H1, qui était organisé en même temps que l’épreuve de concours complet, sur le même site. » 

Une progression encourageante pour l’une des plus petites nations représentées et qui aura un vraie rôle à assurer « Il y a une bonne dizaine de personnes sur lesquelles on peut miser cette année pour remporter les Championnats du monde. Il faudra compter sur une Française, une Canadienne, un Polonais, un Allemand. Le niveau est assez homogène, c’est très ouvert », explique Franz. « Notre discipline est composée de trois épreuves, et la difficulté est qu’il faut être bien dans chacune d’entre elles, alors que tout se joue sur un seul et même concours. » 

Dans quelques semaines, Marie guidera de nouveau Frodo sur un terrain de jeu qui lui a permis de se révéler. Avec toutefois un autre enjeu : tenter d’inscrire le patronyme Shiltz une deuxième fois dans un grand championnat et asseoir un peu plus l’autorité familiale dans la discipline, six ans après le sacre mondial de son père. Un défi d’envergure qui aurait de l’allure. 

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