Marc Hoffmann, secrétaire général de la LASEL : « Les élèves commencent à en avoir marre »

Dans le but de mettre en lumière certains sports moins médiatisés que les plus populaires du pays, Mental! est allé à la rencontre des différentes fédérations pour faire le point sur leur situation et leur futur. Entretien avec Marc Hoffmann, secrétaire général de la LASEL.

Quelles ont été, et sont encore les conséquences du COVID-19 sur votre Fédération ?

Notre Fédération dans l’ensemble est soumise aux décisions du Ministère de l’Education Nationale. Tout a commencé l’année dernière aux alentours de mi-mars. C’est à ce moment que le Ministère a décidé de fermer les lycées. En tant que LASEL, puisque nous organisations des compétitions sportives pour les lycéens et ce tous les jeudi après-midi, avec la suppression des classes, il était évidemment impossible de mettre tout ceci en place. Nous avons alors dû tout arrêter. Même en juin quand les écoles ont ré-ouvertes, l’éducation physique était toujours suspendue.
C’est alors qu’on a pris la décision d’organiser des compétitions virtuelles. Normalement, en juin nous avons une course extrêmement populaire autour du lac de Echternach. C’était d’ailleurs son cinquantenaire cette année. On a donc voulu faire ça de manière digitale. On a aussi fait une randonnée de VTT virtuelle. En tout nous avons réussi à avoir un total d’inscriptions qui a tutoyé les 1000 participants. On a eu un grand taux d’adhésion, et on a pu voir l’engouement pour les élèves. On a pu montrer que l’intérêt était toujours la. Les élèves ont donc fait la course à pied chez eux et nous ont envoyé des captures d’écran du trek.
Et, en septembre on a tout mis en place pour une rentrée. Nous avons sélectionné les épreuves pouvant être réalisées dans le cadre des restrictions sanitaires. Les consignes étaient : pas plus que quatre personnes, pas de contact, désinfectant, etc… On a alors pu faire du badminton, un relais au Kockelscheuer, c’était encourageant. Et malheureusement, une semaine plus tard, toutes les activités sportives sont à nouveau tombés à l’arrêt. Donc depuis octobre, on ne fait rien. On aurait aimé continuer les activités digitales, mais pour des raisons d’assurances, c’est assez compliqué. Les écoles auraient eu un taux de responsabilité trop élevé en cas d’accident de ses pensionnaires. C’était trop difficile.
Donc malheureusement, nous ne faisons plus rien à l’heure actuelle. Nous devons donc attendre la position du ministre pour clarifier les choses, et peut-être qu’alors nous pourrons relancer quelques petites choses. Donc on attend. Bien entendu, c’est la même chose au niveau international, où toutes les compétitions ont été suspendues ou reportées. Maintenant, il faut reconnaître que la situation est assez similaire partout. Le monde du sport souffre, et nous ne sommes pas une exception.

Ressentez-vous une frustration chez les lycéens ?

Oui, bien sûr ! Personnellement je travaille au lycée en tant que professeur d’éducation physique. Je suis donc très souvent en contact avec des élèves. Je suis situé dans un établissement dans la ville du Dudelange, qui a une très bonne équipe de football, de handball, de basket, de tennis de table, etc… Beaucoup des élèves sont donc dans des clubs sportifs, et l’entraînement qu’ils ont à l’heure actuelle ne leur suffit pas. Ils n’ont pas de matchs, ils ne s’affrontent plus contre leurs amis. Les entraînements sont bridés, et l’on peut voir une certaine frustration qui s’installe. Les élèves commencent en avoir marre. On ne peut plus faire de match cinq contre cinq comme au basket ou au volley. On doit se limiter au tennis de table, au badminton etc… Cela n’est pas simple. Et ce qui est plus dur encore, c’est pour les élèves qui font une semaine de présentiel et une autre de virtuel. Ils ne bougent pas du tout. Une activité sportive, c’est aussi se lever et prendre le bus, aller à la cantine, se déplacer dans le lycée, sortir manger dehors et revenir. Si tu ne fais que rester à la maison, où tu te lèves pour aller suivre un cours sur ton ordi et c’est tout… ça n’est pas assez et ça se remarque. Les élèves perdent en motivation, on les sent plus apathiques. C’est normal, on ne peut pas les blâmer, mais c’est difficile.

Vos finances sont-elles impactées par toute cette situation ?

On est impactés, mais sûrement différemment des autres. Notre système consiste à recevoir des subsides du Ministère de l’Education. C’est notre principal donneur de fonds. On a reçu le même montant d’argent que pour les années précédentes. Mais comme nous n’avions pas de compétition à financer, nous avons terminé l’an passé avec un surplus d’argent. Derrière, une somme de cet argent est reversé au prorata des lycées participants, ceux ayant été les plus présents recevant les plus grandes sommes. Sans compétition, cela changeait la donne. Mais le Ministère nous a quand même conseillé de reverser des sommes aux différents établissements. Et ces derniers, qui n’ont pas eu besoin de financer des déplacements ou autres dépenses habituelles en ont profité pour rénover et améliorer leurs matériels sportifs. Dans l’ensemble, la situation a été différente, mais les répercussions ne peuvent pas être considérés comme négatives.

Envisagez-vous une reprise d’ici peu ? Etes-vous confiant ou plutôt pessimiste ?

On est prêts chaque semaine pour tout relancer. On attend avec impatience. Et j’inclus tout le monde dans cette réflexion, des participants aux organisateurs. On ne sait pas combien de temps tout cela va encore durer, mais on garde l’espoir de finir l’année avec une compétition, fusse t-elle virtuelle. On aimerait réellement pouvoir terminer avec une belle compétition. Et nous nous préparons pour la relance en septembre, en anticipant différents scénarios.

Avez-vous un bon dialogue avec le Ministère ? Le dialogue est-il constructif ou naviguez-vous tout seul ?

On a demandé via lettre écrite une réponse du Ministère quant aux questions de l’assurance pour organiser des compétitions virtuelles, mais on n’a pas eu de réponse. C’est un peu difficile. La communication se fait essentiellement par e-mail. Les ministères décident, les comités sont informés et nous partagent ensuite les informations. Donc on ne peut pas nécessairement parler d’échange. Mais nous sommes lucides : dans la situation actuelle, c’est assurément très compliqué pour les autorités compétentes de prendre les bonnes décisions, et il y a un nombre énorme de choses à gérer.
On est déjà satisfaits de voir que l’éducation physique, quand bien même avec des mesures sanitaires imposées, peut continuer. C’est un privilège aujourd’hui, si l’on compare avec bien d’autres sports qui sont encore dans l’ensemble à l’arrêt. Il y a de la reconnaissance vis à vis de cela. C’est compliqué, mais chacun fait de son mieux. On s’accroche.

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